Au Sénégal, l’intelligence artificielle veut habiller l’avenir de la mode

L’intelligence artificielle ne se limite plus aux laboratoires ou aux géants du numérique. Elle s’invite désormais dans les ateliers de couture, les écoles de mode et les industries créatives africaines.

Àu siège du WARC à Dakar, la professeure d’informatique à Pace University de New York, Christelle Scharff, est venue partager sa vision. Devant un public composé de stylistes, d’enseignants, d’informaticiens et de créateurs, elle a expliqué comment l’IA peut devenir un levier d’innovation pour la mode sénégalaise.

Pour la chercheuse, l’enjeu dépasse la simple utilisation des outils d’intelligence artificielle. L’Afrique doit aussi participer à leur conception. Elle estime que les jeunes Sénégalais peuvent contribuer au développement des modèles d’IA, mais aussi aux réflexions juridiques, éthiques et sociales qui accompagnent ces technologies.

L’un des principaux défis reste celui des données africaines.

Les systèmes actuels connaissent mal les vêtements traditionnels du continent. Ils distinguent facilement une robe ou un pantalon. En revanche, ils peinent encore à reconnaître un boubou ou d’autres tenues propres aux cultures africaines.

Pour Christelle Scharff, la constitution de bases de données locales est devenue une priorité. Sans elles, l’Afrique risque de rester absente des futurs modèles d’intelligence artificielle.

La spécialiste insiste également sur la nécessité d’une IA responsable.

La technologie ne doit pas être perçue comme une menace pour les créateurs. Elle doit être adaptée aux réalités locales, tout en prenant en compte les risques liés à son utilisation.

« L’IA est là pour rester », rappelle-t-elle. La véritable question est désormais de savoir comment l’adapter aux besoins des sociétés africaines.

Dans le secteur de la mode, les applications existent déjà.

Essayage virtuel en magasin, génération automatique de descriptions de produits, annotation d’images ou encore recommandations personnalisées sur les plateformes de commerce électronique figurent parmi les usages les plus avancés.

Même sans disposer d’estimations financières précises, Christelle Scharff estime que ces outils permettent d’améliorer la productivité des créateurs.

L’IA accélère certaines tâches. Elle facilite le brainstorming, l’édition d’images et la création de contenus. Ce gain de temps peut se traduire par davantage de rentabilité pour les professionnels du secteur.

Face aux interrogations sur la menace que cela constitue pour la créativité, la chercheuse adopte une approche nuancée.

Selon elle, les échanges avec le public ont montré une volonté commune : utiliser l’IA sans sacrifier l’identité culturelle africaine. Les participants souhaitent que ces outils servent aussi à mieux valoriser la richesse de la création du continent.

Elle invite la jeunes à être curieuse, expérimenter, comprendre les outils avant de les juger.

L’intelligence artificielle reste un outil. À chacun de décider comment l’utiliser pour devenir plus productif, plus créatif et plus compétitif.