Cinéma africain : Afreximbank lance l’offensive du milliard de dollars

Le financement des industries créatives africaines change d’échelle. Afreximbank et son bras d’investissement FEDA misent sur un fonds panafricain capable de mobiliser jusqu’à un milliard de dollars pour le cinéma et l’audiovisuel.

Le cinéma africain veut désormais parler le langage des investisseurs. La Banque africaine d’import-export, Afreximbank, et son Fonds pour le développement des exportations en Afrique (FEDA) viennent de franchir une nouvelle étape dans leur stratégie dédiée aux industries créatives africaines.

Les deux institutions ont annoncé la nomination de One Street Studios comme co-associée générale du Fonds panafricain du cinéma et de l’audiovisuel. L’objectif est ambitieux. Il s’agit de mobiliser jusqu’à un milliard de dollars pour soutenir la production audiovisuelle africaine.

Lancé en 2025 dans le cadre de l’initiative Creative Africa Nexus (CANEX), le fonds ambitionne de combler l’un des principaux défis du secteur à savoir l’accès aux financements.

Malgré une créativité reconnue à l’échelle mondiale, les industries cinématographiques africaines restent confrontées à un déficit chronique de capitaux. Les producteurs peinent souvent à financer leurs projets, tandis que les infrastructures de tournage, de post-production et de distribution demeurent insuffisantes.

Le nouveau véhicule d’investissement entend répondre à ces faiblesses structurelles. Son champ d’intervention couvrira toute la chaîne de valeur. De la production de contenus à la distribution, en passant par des studios aux plateformes numériques, de la post-production aux médias immersifs.

Faire du storytelling un secteur économique

Pour Afreximbank, l’enjeu dépasse la seule culture. Le fonds vise à transformer le storytelling africain en véritable industrie exportatrice. L’objectif est de faire émerger des contenus capables de séduire les marchés internationaux et d’attirer des revenus en devises.

Les investissements prendront plusieurs formes à savoir la participation au capital, quasi-fonds propres et financements structurés. Une approche destinée à accompagner des projets de tailles diverses tout en limitant les risques.

Les projets présentant un fort potentiel de diffusion mondiale seront prioritaires. Des partenariats avec des studios, des plateformes de streaming et des distributeurs internationaux sont déjà envisagés.

Le pari de la diaspora

Le choix de One Street Studios n’est pas anodin. L’entreprise est spécialisée dans le financement et la production de contenus destinés à des audiences internationales. Son modèle repose sur un rapprochement entre les talents africains et ceux de la diaspora.

Pour George Elombi, président d’Afreximbank, cette alliance constitue un pont stratégique entre l’Afrique et sa diaspora. Elle doit permettre au continent de mieux contrôler ses récits et de renforcer sa souveraineté culturelle.

Les industries créatives figurent parmi les secteurs les plus prometteurs du continent. La croissance du streaming, l’essor des plateformes numériques et l’intérêt croissant des investisseurs pour les contenus africains créent un environnement favorable.

Selon les promoteurs du fonds, l’ambition est de bâtir un écosystème audiovisuel compétitif à l’échelle mondiale. Un écosystème capable de générer des emplois, d’attirer des investissements privés et de renforcer l’influence culturelle africaine.

Une nouvelle frontière pour les capitaux africains

Avec cette initiative, Afreximbank poursuit la diversification de son action au-delà des secteurs traditionnels du commerce et des infrastructures. Le pari est de considérer la culture comme un actif économique stratégique.

Si l’objectif du milliard de dollars est atteint, le Fonds panafricain du cinéma pourrait devenir l’une des plus importantes plateformes d’investissement jamais consacrées aux industries créatives du continent. Une évolution qui confirme que, pour l’Afrique, les récits sont désormais aussi une affaire de croissance.