Budget 2027 : le Sénégal vise un déficit de 4,7 % du PIB

Le projet de loi de finances initiale (PLFI) 2027 mise sur la consolidation budgétaire. L’État du Sénégal prévoit 6 012,1 milliards de FCFA de recettes et 7 363,7 milliards de dépenses. L’objectif est de ramener le déficit budgétaire à 4,7 % du PIB, contre 7,6 % dans le budget rectificatif de 2026. Cette trajectoire repose sur une mobilisation accrue des recettes intérieures, une rationalisation des dépenses et une meilleure maîtrise des subventions énergétiques.

Par Bacary Dabo

Le Sénégal prépare son budget 2027 dans un contexte économique difficile. Après une croissance de 6,5 % en 2025, portée notamment par les hydrocarbures, l’activité devrait ralentir à 2,7 % en 2026. Elle est projetée à 2,4 % en 2027.

La croissance hors hydrocarbures n’avait atteint que 2,2 % en 2025. Le projet de budget table également sur une inflation de 2,7 % en 2027. Le déficit du compte courant devrait, lui, s’établir à 3,3 % du PIB.

Ces prévisions traduisent les difficultés auxquelles l’économie reste confrontée. La hausse des coûts énergétiques, les contraintes de financement et le poids de la dette limitent les marges de manœuvre de l’État.

Un déficit ramené à 4,7 % du PIB

Le principal objectif du PLFI 2027 est de réduire le déficit budgétaire. Celui-ci passerait de 7,6 % du PIB en 2026 à 4,7 % en 2027. En valeur, il serait ramené à 1 351,7 milliards de FCFA, contre 1 735,2 milliards en 2026.

Cette amélioration reposerait notamment sur la maîtrise des dépenses. Le budget général prévoit 7 005,6 milliards de FCFA de dépenses. Les dépenses totales, comptes spéciaux du Trésor compris, atteindraient 7 363,7 milliards.

En parallèle, les recettes totales progresseraient de 2,8 %. Elles passeraient de 5 848,7 milliards de FCFA dans le budget ajusté de 2026 à 6 012,1 milliards en 2027. L’effort fiscal demeure donc central dans la stratégie gouvernementale.

La pression fiscale au cœur de l’équation

Les recettes fiscales sont projetées à 5 044,6 milliards de FCFA. Elles enregistreraient toutefois un léger recul par rapport aux 5 075,4 milliards inscrits dans le budget ajusté de 2026. La baisse serait de 0,6 %.

Pour élargir l’assiette fiscale, le gouvernement entend renforcer le contrôle des grands contribuables, réduire certaines exonérations et mieux taxer les activités numériques. La digitalisation des procédures fiscales et douanières doit également améliorer le recouvrement.

La réforme de la fiscalité foncière et immobilière figure parmi les leviers annoncés. La Contribution de solidarité économique, instituée en remplacement de la taxe sur les transactions de monnaie électronique, doit aussi contribuer à sécuriser les recettes.

L’enjeu est important. À fin août 2026, les mesures de mobilisation des ressources intérieures prévues dans le cadre du Plan de redressement économique et social avaient rapporté 172,5 milliards de FCFA, sur un objectif de 303,3 milliards. Le taux de réalisation s’établissait à 56,9 %.

Le gouvernement devra donc accélérer le recouvrement pour atteindre ses objectifs budgétaires.

Plus de 1 300 milliards pour les intérêts de la dette

Le poids de la dette reste une contrainte majeure. Les intérêts et commissions sur la dette publique atteindraient 1 303,9 milliards de FCFA en 2027, contre 1 285,2 milliards en 2026.

Le besoin total de financement de l’État est évalué à 6 608,7 milliards de FCFA. Il comprend notamment 4 552 milliards destinés à amortir la dette existante, 1 351,7 milliards pour financer le déficit budgétaire et 480 milliards pour l’apurement des arriérés intérieurs.

Le remboursement du principal de la dette représente ainsi 68,9 % du besoin de financement annoncé.

Pour couvrir ces besoins, l’État prévoit de recourir aux marchés financiers, aux emprunts-programmes et aux finançements de projets. Le projet mentionne également plus de 800 milliards de FCFA d’appuis budgétaires concessionnels attendus.

La capacité à mobiliser ces ressources sera déterminante. Elle devra permettre de couvrir les échéances financières tout en préservant les investissements prioritaires.

Les bourses de sécurité familiale doublées

Le budget prévoit aussi un renforcement de la protection sociale. L’enveloppe des Bourses de sécurité familiale passerait de 70 milliards de FCFA en 2026 à 140 milliards en 2027.

Le dispositif vise 1 000 649 ménages vulnérables. Cette hausse s’inscrit dans la volonté de mieux soutenir les populations les plus exposées aux difficultés économiques.

Le gouvernement entend également préserver les ressources consacrées à la santé et à l’éducation. La rationalisation des dépenses doit donc s’accompagner d’un ciblage accru des soutiens publics.

La réforme des subventions énergétiques constitue un autre chantier majeur. À l’horizon 2029, leur coût total devrait être ramené à un niveau inférieur ou égal à 1 % du PIB par an. Le gaz butane destiné aux usages domestiques, notamment les petits conditionnements, doit être préservé.

Le projet prévoit aussi un tarif social de l’électricité pour les ménages à faible consommation et certains petits professionnels.

Le capital humain au cœur des priorités

La répartition des crédits hors intérêts de la dette place le capital humain et l’équité sociale en tête des priorités. Cette orientation représente 39 % des crédits concernés, soit 2 392,3 milliards de FCFA.

Éducation : 1 477,7 milliards de FCFA.

Protection sociale : 505 milliards de FCFA.

Santé : 341,15 milliards de FCFA.

L’économie compétitive constitue le deuxième axe de dépenses (30 % des crédits, soit 1 831,5 milliards de FCFA).

Les crédits consacrés à la gouvernance et à l’engagement africain atteindraient 1 442,6 milliards (24 %).

L’aménagement du territoire et le développement durable bénéficieraient de 393,2 milliards de FCFA (environ 6 % des crédits hors intérêts de la dette).

Cette répartition traduit la volonté d’articuler consolidation budgétaire et financement des priorités économiques et sociales.

Des investissements dans les infrastructures et les services sociaux 

Plusieurs projets structurants sont inscrits dans les priorités budgétaires :

Autoroute Dakar-Tivaouane-Saint-Louis : 108,2 milliards de FCFA.

Construction de quatre hôpitaux : 91,1 milliards de FCFA.

Connectivité des zones de production agricole : 45,2 milliards de FCFA.

Dépollution de la baie de Hann : 41,6 milliards de FCFA.

Assainissement de Diamniadio : 31,9 milliards de FCFA.

Construction et réhabilitation d’universités : 29,3 milliards de FCFA.

Deuxième pont de Ziguinchor : 27,3 milliards de FCFA.

Éclairage public national : 25 milliards de FCFA.

Transformation agroalimentaire : 24,7 milliards de FCFA.

D’autres investissements concernent la gestion des eaux pluviales à Touba, l’accès à l’eau potable en milieu rural et la protection sociale adaptative.

Dans le secteur agricole, le gouvernement prévoit notamment la mise en place de 100 coopératives agricoles communautaires. Des projets hydrauliques doivent également accompagner l’exploitation de 320 000 hectares à l’horizon 2029.

Un équilibre délicat entre rigueur et relance

Le PLFI 2027 cherche à concilier plusieurs impératifs : réduire le déficit, honorer ses engagements financiers, maintenir les investissements structurants, renforcer la protection sociale et soutenir la transformation de l’économie.

Mais l’équation reste exigeante. Les recettes fiscales projetées sont légèrement en baisse, le service de la dette pèse lourdement sur les finances publiques et les besoins de financement demeurent élevés.

La réussite de cette trajectoire dépendra donc de la capacité de l’État à mobiliser les recettes attendues, à maîtriser les dépenses et à obtenir les financements prévus.

Avec un déficit ciblé à 4,7 % du PIB et des dépenses totales de 7 363,7 milliards de FCFA, le budget 2027 place la consolidation des finances publiques au centre de l’action gouvernementale. L’enjeu sera de transformer cet effort budgétaire en résultats tangibles pour les ménages et les entreprises.