Statistiques : le Sénégal mise sur les journalistes pour mieux éclairer le débat économique

L’Agence nationale de la statistique et de la démographie (ANSD) et le Groupe de la Banque mondiale ont organisé, mardi 13 octobre 2026 à Dakar, un atelier de formation destiné aux journalistes économiques. L’objectif était de renforcer leur maîtrise des données statistiques et améliorer leur traitement de l’information économique.

Par Bacary Dabo

Les chiffres sont au cœur des politiques publiques. Croissance, emploi, dette, finances publiques ou démographie. Les indicateurs économiques influencent les décisions des pouvoirs publics et les choix des investisseurs. Mais leur interprétation reste un défi pour les médias.

C’est tout l’enjeu de l’atelier organisé à Dakar par l’ANSD et le Groupe de la Banque mondiale, en partenariat avec le Collectif des journalistes économiques du Sénégal (COJES) et la Convention des jeunes reporters du Sénégal (CJRS).

La rencontre a visé à rapprocher les producteurs de statistiques et les professionnels de l’information. Elle doit également faciliter la compréhension des méthodes de production, des outils de diffusion et des missions des différentes institutions.

Pour Abdou Diouf, directeur général de l’ANSD, la statistique publique constitue un instrument stratégique de conception, de pilotage et d’évaluation des politiques publiques. Encore faut-il que les données soient comprises et correctement utilisées.

Le responsable insiste sur la nécessité d’un dialogue régulier avec les médias. L’accès aux chiffres ne suffit pas. Leur interprétation exige aussi des compétences techniques et une bonne connaissance des méthodes statistiques.

La donnée, un enjeu de transparence économique

L’atelier intervient dans un contexte de multiplication des données économiques. Pour les journalistes, l’enjeu consiste désormais à aller au-delà de la publication des chiffres. Il s’agit de les expliquer, de les contextualiser et d’en mesurer les implications pour les entreprises, les ménages et les finances publiques.

Coordonnateur du COJES, Dialigué Faye estime que la formation aux statistiques est devenue indispensable. Il appelle à réduire le fossé entre les experts chargés de produire les indicateurs et les journalistes qui doivent les rendre accessibles au grand public.

Le collectif, créé en 1994 et fort d’une centaine de membres actifs selon son coordonnateur, entend renforcer les compétences de ses adhérents dans les différentes disciplines économiques.

L’objectif est aussi de contribuer à un débat public mieux documenté. Dans un environnement médiatique marqué par l’abondance de l’information, la maîtrise des données constitue un levier pour produire des contenus fiables et utiles à la décision.

Le président de la Convention des jeunes reporters du Sénégal, Mamadou Diagne, a également insisté sur les difficultés d’accès et de compréhension de certaines données. Il plaide pour des échanges plus réguliers entre les journalistes et les institutions qui les produisent.

L’ANSD met en avant ses performances

Au cours de la rencontre, l’ANSD a présenté son organisation, ses missions et les évolutions du système statistique national.

Créée dans le cadre de la réforme statistique de 2004, l’agence coordonne la production statistique nationale. Elle centralise les données et travaille avec les structures sectorielles qui contribuent à leur élaboration.

Selon les informations présentées par son directeur général, le système statistique national mobilise environ 150 structures productrices de données. L’ANSD compte, pour sa part, près de 300 collaborateurs permanents, auxquels s’ajoutent presque autant de prestataires et d’autres personnels sous différents types de contrats.

L’agence souligne également les progrès enregistrés en matière de diffusion des données. Les publications sont mises à la disposition des utilisateurs sur ses plateformes, selon le principe d’une diffusion simultanée.

Le Sénégal a par ailleurs adhéré, en 2017, à la Norme spéciale de diffusion des données du Fonds monétaire international. Ce cadre impose des exigences en matière de qualité, de régularité et de périodicité des publications statistiques.

Autre indicateur évoqué lors de l’atelier, il s’agit de l’indicateur de performance statistique de la Banque mondiale. Selon la présentation de l’ANSD, le Sénégal s’est classé premier en Afrique pour l’année 2024. L’agence entend consolider cette performance.

La Banque mondiale appelle à renforcer la redevabilité

Pour Djibril Issa, directeur de division du Groupe de la Banque mondiale couvrant notamment le Sénégal, la Mauritanie, la Gambie, la Guinée-Bissau et le Cap-Vert, les données occupent une place centrale dans la conception et le suivi des programmes de développement.

L’institution les utilise pour ses analyses et ses interventions. Elle souhaite également que les journalistes puissent mieux comprendre ses instruments, ses activités et les résultats de ses projets.

Le responsable invite ainsi les médias à interroger les institutions sur leurs engagements et leurs réalisations. La donnée ne doit pas seulement servir à informer. Elle doit aussi permettre d’évaluer l’action publique et de renforcer la redevabilité.

La Banque mondiale et l’ANSD souhaitent donc inscrire cette collaboration dans la durée. Pour les journalistes économiques, le défi sera de transformer des indicateurs parfois complexes en informations compréhensibles, sans en altérer le sens.

Au-delà de la formation, l’enjeu est celui de la qualité du débat économique au Sénégal. Car des statistiques fiables ne produisent pleinement leurs effets que lorsqu’elles sont correctement interprétées et mises à la portée des citoyens