Assemblées Annuelles à Bangkok : Le plan d’Ajay Banga pour l’emploi et l’investissement

Face au choc démographique mondial, le Groupe de la Banque mondiale réinvente son modèle. A Bangkok, son président Ajay Banga a fixé le cap. Il s’agit de mobiliser le capital privé pour absorber 1,2 milliard de jeunes sur le marché du travail.

Le constat est brutal. Sur les quinze prochaines années, 1,2 milliard de jeunes arriveront sur le marché du travail. Dans le même temps, l’économie mondiale ne créera que 400 millions d’emplois. Le déficit s’élève à 800 millions de postes. C’est l’avertissement lancé par Ajay Banga, président du Groupe de la Banque mondiale, lors de la plénière des assemblées annuelles 2026.

Face à ce défi vertigineux, l’institution internationale veut changer de méthode. « Un emploi n’est pas une statistique, c’est une dignité », a rappelé Ajay Banga devant les gouverneurs et dirigeants réunis en Thaïlande. Pour combler cet écart, la Banque mondiale mise sur une stratégie axée sur l’urgence, la simplification et l’attraction massive de capitaux privés.

Un choc de simplification institutionnelle

Depuis trois ans, l’institution financière redresse la barre. L’organisation interne a été profondément modifiée. Le temps de préparation des projets est passé de 19 à 9 mois. Le tableau de bord stratégique a été rationalisé, passant de 153 indicateurs à seulement 22 critères axés sur l’impact réel.

Ces réformes internes portent leurs premiers fruits financiers. L’optimisation du bilan permettra de dégager plus de 100 milliards de dollars de capacité de prêt supplémentaire sur une décennie pour la Banque internationale pour la reconstruction et le développement (BIRD).

La collaboration entre bailleurs s’accélère également. La plateforme de cofinancement numérique regroupe désormais 250 projets. Elle vise un volume global de 138 milliards de dollars en partenariat avec la BAD, la BID et la BERD.

Le capital privé multiplié par trois

La Banque mondiale veut dépasser les limites des seules aides publiques. En 2022, l’institution mobilisait 35 milliards de dollars de capitaux privés. L’an dernier, ce chiffre a atteint 112 milliards de dollars. Il a été multiplié par trois. Avec les financements propres de la Banque, la mobilisation totale dépasse 230 milliards de dollars.

Les retombées sont notables en Afrique, où les volumes mobilisés ont plus que doublé. Les investissements ciblent les secteurs prioritaires : énergie, infrastructures, agro-industrie et santé. Près de 96 milliards de dollars ont été alloués aux co-bénéfices climatiques, dont la moitié provient du secteur privé.

L’accès à l’électricité reste le chantier prioritaire sur le continent africain. À travers l’initiative Mission 300, menée avec la Banque africaine de développement (BAD), l’objectif est de raccorder 300 millions d’Africains d’ici 2030. Le rythme s’accélère : 59 millions de personnes ont déjà obtenu un accès à l’énergie, dont 29 millions sur la seule année écoulée.

Soutien ciblé aux PME et créations de marchés

Dans les pays les plus fragiles, les petites et moyennes entreprises (PME) restent le moteur essentiel de l’emploi. La Banque mondiale vient de lancer une nouvelle stratégie pour les Micro, Petites et Moyennes Entreprises (MPME). L’objectif est d’utiliser les outils numériques pour faciliter leur accès au crédit et les relier aux grands marchés.

Pour amplifier cet effort, six banques multilatérales travaillent à la création d’une nouvelle classe d’actifs de développement. Ce mécanisme permettra de céder des créances de projets mûrs à des investisseurs institutionnels, comme les fonds de pension. L’argent ainsi libéré financera immédiatement de nouvelles infrastructures.

En concluant son discours, Ajay Banga a rappelé l’esprit de Bretton Woods : « Le développement est un investissement dans notre avenir collectif, pas de la charité. » L’institution entend maintenant accélérer le rythme pour transformer la contrainte démographique en opportunité économique.