Au Tchad, la bataille de la souveraineté numérique est engagée

Réunis à N’Djamena sous la houlette du gouvernement, de la CEA et de la GIZ, les acteurs publics et privés ont validé la Stratégie nationale de gouvernance des données. Un tournant stratégique pour faire de « l’or bleu numérique » le levier central de la modernisation de l’État et de la croissance économique.

Longtemps perçue comme un simple enjeu technique de télécommunication, la donnée devient officiellement au Tchad un actif national hautement stratégique. Le 7 octobre à N’Djamena, le gouvernement tchadien, soutenu par la Commission économique pour l’Afrique (CEA) et la coopération allemande (GIZ), a franchi un cap décisif en validant sa toute première Stratégie nationale de gouvernance des données.

Dans un contexte d’accélération des transformations numériques en Afrique centrale, cette initiative ambitionne de sortir l’administration de l’informatique en silos pour bâtir une véritable économie de la donnée, sécurisée, transparente et créatrice de valeur socio-économique.

Un impératif de souveraineté et de modernisation

Ouvrant les travaux de cet atelier national de validation qui a rassemblé un parterre de 50 hauts responsables publics, régulateurs, universitaires et chefs d’entreprise, le ministre des Télécommunications et de l’Économie numérique, S.E. M. Haliki Choua Mahamat, a posé les jalons de cette réforme d’envergure.

« Notre ambition est de faire des données un actif national stratégique au service de la modernisation de l’État, de l’efficacité de l’action publique et du développement économique et social du Tchad », a déclaré le ministre.

La stratégie s’articule autour de sept piliers fondamentaux visant à créer un écosystème numérique complet. Il s’agit de la gouvernance institutionnelle et coordination, du cadre juridique et réglementaire, de la gestion, qualité et interopérabilité des données.

A cela s’ajoutent les infrastructures, partage et accès aux données ; la sécurité et protection des données à caractère personnel ; le développement des compétences et culture de la donnée. Sans oublier l’économie de la donnée et innovation.

Du concept aux résultats : le défi de l’exécution

Si la validation de ce document de référence marque un succès politique et diplomatique, partenaires internationaux et observateurs s’accordent sur un point. Ils estiment que l’épreuve de vérité résidera dans sa capacité de mise en œuvre concrète.

S’exprimant au nom de la CEA, Mactar Seck a vivement insisté sur le fait que ce cadre ne doit pas demeurer un document théorique de plus au sein des ministères.

« La stratégie qui nous réunit aujourd’hui ne prendra tout son sens que si elle devient un cadre vivant : approprié par les institutions, compris par les parties prenantes, financé de manière durable et traduit en actions concrètes », a martelé M. Seck.

Même son de cloche du côté de la GIZ, par la voix de son représentant Tobias Dierks, qui a appelé à passer sans délai de la phase d’élaboration aux investissements opérationnels. Pour accompagner ce virage, la CEA s’est engagée à maintenir un soutien technique appuyé, notamment pour le renforcement des capacités, le partage des meilleures pratiques africaines et l’alignement sur les normes continentales de l’Union africaine.

Secteurs prioritaires : où la donnée va-t-elle tout changer ?

Afin d’éviter le piège d’une réforme trop abstraite, la feuille de route cible directement plusieurs cas d’usage à fort impact socio-économique.

Concernant les services Publics, on parle de déploiement d’un guichet unique numérique pour simplifier et fluidifier les démarches administratives.

A propos des ressources naturelles, cela concerne la traçabilité et gouvernance renforcée des données sectorielles dans les domaines clés du pétrole et des mines.

Pour le secteur Primaire, la voie sera ouverte à la digitalisation et optimisation des filières agriculture, élevage et pêche par le croisement des données géospatiales et météorologiques.

Alors que le secteur social parlera de la numérisation prioritaire des systèmes d’information en santé et en éducation.

Tandis que le secteur des télécoms & services numériques s’atèlera à la création d’un cadre propice au développement de services à valeur ajoutée et stimulation de l’écosystème Tech local.

Vers une régulation stricte de la vie privée

Un des volets centraux salués lors des travaux à N’Djamena concerne la sécurité et la protection des informations personnelles. Le Tchad entend se doter d’un cadre réglementaire strict en matière de cybersécurité et de gestion de la vie privée. 

Dans une région parfois vulnérable aux cybermenaces, la constitution d’un environnement numérique de confiance apparaît comme un préalable indispensable pour rassurer les citoyens et attirer les investisseurs privés.

En scellant cette stratégie nationale, le Tchad rejoint le cercle des nations africaines décidées à ne plus être de simples consommateurs de technologies, mais des acteurs souverains de leur propre capital numérique.