Dakar pose les bases d’une gouvernance africaine de l’économie sociale et solidaire

L’économie sociale et solidaire (ESS) franchit une nouvelle étape sur le continent. Réunis dans la capitale sénégalaise à l’occasion du FORA’ESS 2026, les ministres africains en charge du secteur ont décidé de créer un Comité consultatif des ministres de l’Économie sociale et solidaire en Afrique.

L’initiative vise à renforcer la coordination entre les États. Elle doit également accélérer la mise en œuvre de la stratégie décennale de l’Union africaine dédiée à l’ESS pour la période 2023-2032.

Cette décision a été actée dans la Déclaration de Dakar, adoptée le 9 juillet 2026 par plusieurs pays africains. Les signataires considèrent désormais l’économie sociale et solidaire comme un levier stratégique de transformation économique du continent.

Un outil au service de la souveraineté économique

Pour les ministres, l’ESS ne se limite plus à un secteur social. Elle constitue un instrument de souveraineté économique. Elle peut favoriser la création d’emplois décents, l’autonomisation des femmes, l’insertion des jeunes et la transition écologique.

Les responsables africains estiment que le continent dispose déjà d’un patrimoine économique fondé sur la solidarité, les coopératives, les mutuelles et les mécanismes communautaires traditionnels.

L’ambition est désormais de transformer ces pratiques en un véritable modèle économique africain. Un modèle conciliant performance économique, inclusion sociale et préservation de l’environnement.

Un comité pour harmoniser les politiques

Le nouveau Comité consultatif aura pour mission de favoriser la concertation, la coopération et le plaidoyer entre les États africains. Il devra également accompagner l’application des politiques publiques liées à l’ESS.

Les ministres se sont engagés à harmoniser progressivement les cadres juridiques, fiscaux, statistiques et institutionnels du secteur. L’objectif est de réduire les disparités entre les pays et d’améliorer l’efficacité des interventions publiques.

Ils souhaitent aussi renforcer la cohérence des actions menées par les partenaires techniques et financiers.

Le Sénégal prend les commandes

Les membres du comité ont élu à l’unanimité le ministre sénégalais de la Microfinance et de l’Économie sociale et solidaire, Dr Alioune Dione, à la présidence de la nouvelle instance.

La vice-présidence revient à la République du Congo à travers Mme Inès Bertille Nefer Voumbo Yalo Ingani.

Le secrétariat sera assuré par le Cameroun en collaboration avec le FORA’ESS et avec l’appui de la Commission de l’Union africaine lorsque cela sera possible.

Diplomatie économique et financement

Au-delà des réformes internes, les États africains veulent parler d’une seule voix sur la scène internationale. Ils annoncent la mise en place d’une véritable diplomatie africaine de l’économie sociale et solidaire.

Cette stratégie vise à défendre des positions communes auprès des Nations unies, de l’Union africaine, des communautés économiques régionales et des institutions financières internationales.

La question du financement occupe également une place centrale. Les ministres appellent à mobiliser les ressources publiques, privées, coopératives, philanthropiques et celles de la diaspora. Ils souhaitent développer des fonds d’investissement à impact, des mécanismes de garantie et des instruments financiers adaptés aux entreprises de l’ESS.

Un observatoire africain en préparation

Les signataires soutiennent également la création d’un Observatoire africain de l’économie sociale et solidaire. Cette structure devra améliorer la production de données, mesurer l’impact du secteur et renforcer la recherche et l’innovation sociale.

Les femmes, les jeunes et les populations vulnérables figurent parmi les principales cibles des futures politiques de coopération.

Le Congo accueillera la prochaine réunion du Comité consultatif lors du FORA’ESS 2027. La Mauritanie prendra ensuite le relais en 2028.

À Dakar, les ministres ont ainsi voulu envoyer un signal fort. Celui d’une Afrique qui entend faire de l’économie sociale et solidaire un moteur de croissance inclusive, de création de richesses et de résilience économique.