Dette : Moody’s abaisse la note du Sénégal à Caa2

La pression monte sur les finances publiques sénégalaises. Moody’s Ratings a abaissé la note souveraine du Sénégal de Caa1 à Caa2, le 28 août 2026. La perspective reste négative. Les notes d’émetteur à court terme sont maintenues à Not Prime (NP).

L’agence Moody’s maintient une perspective négative du Sénégal et alerte sur les risques de refinancement. Cette décision traduit, selon l’agence, une augmentation du risque de défaut. 

Moody’s cite notamment les tensions croissantes sur le refinancement, la dégradation de la capacité de l’État à supporter le coût de sa dette et les faibles perspectives de réduction de l’endettement. 

25% du PIB de besoins de financement

Le principal point de vigilance concerne la liquidité.

Les besoins bruts de financement du gouvernement sont estimés à environ 25% du PIB recalculé en 2026. Parallèlement, les remboursements annuels du principal de la dette atteindraient près de 18% du PIB.

Le Sénégal s’appuie fortement sur le marché financier régional pour couvrir ses besoins. Depuis le début de l’année, les émissions réalisées représenteraient l’équivalent de 8% du PIB, selon Moody’s.

L’accès aux marchés internationaux reste, en revanche, particulièrement coûteux. Cette situation accroît le risque de refinancement et pèse sur la structure de la dette.

Le coût de la dette s’alourdit

L’évolution du service de la dette constitue un autre signal préoccupant.

Les charges d’intérêts représentent désormais 23,7% des recettes publiques, contre 16,1% en 2023.

Cette progression réduit mécaniquement l’espace budgétaire disponible pour les autres dépenses de l’État.

Moody’s estime par ailleurs que la dette publique se situe autour de 100% du PIB. En intégrant la dette des entreprises publiques, le ratio atteint environ 108%.

L’agence considère que les efforts de consolidation budgétaire engagés ne devraient pas, à eux seuls, permettre une réduction significative de la dette dans les prochaines années.

Elle anticipe ainsi un niveau d’endettement proche de 100% du PIB jusqu’en 2028.

Le dossier FMI reste déterminant

L’absence prolongée d’un programme soutenu par le Fonds monétaire international constitue un autre facteur de vulnérabilité.

Pour Moody’s, cette situation prive le Sénégal d’un financement concessionnel et d’un cadre budgétaire permettant de renforcer la crédibilité de l’ajustement.

Le pays reste donc davantage dépendant du marché régional pour refinancer ses échéances.

L’agence estime qu’un nouveau retard dans la conclusion d’un programme avec le FMI pourrait accroître la probabilité d’un traitement plus large de la dette.

Les risques politiques et sociaux pèsent

La capacité à maintenir l’effort budgétaire constitue également une source d’incertitude.

Moody’s évoque les tensions politiques et institutionnelles ainsi que les pressions sociales.

L’agence souligne notamment les tensions entre l’exécutif et le Parlement. Elle estime qu’elles pourraient ralentir l’adoption de mesures budgétaires et de réformes.

La pauvreté, le chômage des jeunes et les risques sécuritaires régionaux figurent également parmi les contraintes identifiées.

L’UEMOA joue un rôle d’amortisseur

Le Sénégal bénéficie toutefois de plusieurs facteurs de soutien. Moody’s souligne notamment son appartenance à l’Union économique et monétaire ouest-africaine (UEMOA).

Le rattachement du franc CFA à l’euro réduit le risque de forte dépréciation monétaire. Les réserves de change mutualisées de la région constituent également un élément de stabilité.

Elles se situaient près de 38 milliards de dollars à fin mai 2026, selon Moody’s.

Ces éléments contribuent à limiter le risque d’une détérioration rapide de la liquidité extérieure.

Ils expliquent, selon l’agence, pourquoi la dégradation se limite à un seul cran.

Une perspective qui reste négative

Moody’s ne ferme pas la porte à une amélioration de la notation.

La perspective pourrait revenir à stable si les tensions de liquidité ne s’intensifient pas.

La conclusion d’un programme avec le FMI sans restructuration de la dette constituerait notamment un facteur positif. Une amélioration durable de l’accès à des financements plus longs, diversifiés et moins coûteux serait également favorable à la notation.

L’agence insiste enfin sur la nécessité d’une consolidation budgétaire durable, notamment à travers une mobilisation accrue des recettes plutôt que par des réductions répétées des dépenses d’investissement.

Le risque de restructuration en toile de fond

Le scénario le plus défavorable reste celui d’une nouvelle dégradation de la situation financière.

Moody’s indique qu’une restructuration générant des pertes supérieures à celles compatibles avec la note Caa2 pourrait entraîner une nouvelle baisse de la notation.

Une rupture des négociations avec le FMI, une forte dégradation de l’accès au marché régional ou de nouvelles tensions budgétaires figurent également parmi les facteurs de risque.

Pour l’heure, le message de Moody’s est donc clair : la priorité reste la maîtrise du risque de refinancement et la restauration d’une trajectoire de dette soutenable.

Le retour à un financement concessionnel et l’amélioration de la visibilité sur les finances publiques seront déterminants pour rétablir progressivement la confiance des marchés.