L’agence anticipe un échange de dette en difficulté sur les engagements extérieurs. Le risque d’un élargissement aux obligations domestiques demeure.
La pression s’accentue sur les finances publiques sénégalaises. S&P Global Ratings a abaissé, le 4 septembre 2026, la note souveraine du Sénégal en devises de « CCC+ » à « CC ».
La note en monnaie locale passe de « CCC+ » à « CCC ». Les deux perspectives sont négatives. Les notes à court terme restent à « C ».
Cette décision intervient après l’annonce, le 1er septembre, d’un plan de traitement de la dette dans le cadre renforcé du Common Framework du G20.
Un ajustement concentré sur la dette extérieure
Le dispositif annoncé par Dakar vise principalement les engagements en devises.
La dette libellée en francs CFA devrait être exclue du périmètre.
Les créanciers multilatéraux devraient également être préservés, en raison de leur statut de créanciers privilégiés.
Pour S&P, cette configuration concentre donc l’essentiel de l’ajustement sur les créanciers commerciaux extérieurs.
Ces derniers pourraient être appelés à accepter un rééchelonnement des maturités.
Une réduction des intérêts est également possible.
Un abandon d’une partie du principal n’est pas exclu.
Le spectre du défaut
S&P considère qu’un échange de dette en difficulté ou un défaut sur la dette commerciale extérieure est extrêmement probable.
L’agence établit cette appréciation alors même que le Sénégal continue, à ce stade, d’honorer ses obligations en devises.
Les autorités ont notamment l’intention de rester à jour de leurs prochains paiements à court terme.
Parmi eux figure le paiement d’intérêts sur l’eurobond 2048, attendu le 13 septembre. Le risque reste néanmoins élevé.
S&P estime que la nature encore évolutive des négociations pourrait conduire à un retard de paiement ou à une suspension du service de la dette extérieure dans les prochains mois.
Une dette publique sous forte contrainte
La décision de S&P s’inscrit dans un contexte de dette particulièrement élevée.
Selon l’agence, le ratio de dette atteignait 117 % du PIB à fin 2025, avant la prise en compte du rebasage du PIB.
La restructuration constitue désormais l’un des éléments centraux de la stratégie de retour à la soutenabilité.
Elle doit également permettre au Sénégal de retrouver l’accès à des financements concessionnels.
Le programme du FMI en ligne de mire
Dakar a parallèlement conclu un accord au niveau des services avec le FMI. Le futur programme porte sur 36 mois. Son montant est estimé à 2,2 milliards de dollars au titre de la Facilité élargie de crédit.
L’accès effectif à ces ressources reste conditionné à la restauration de la soutenabilité de la dette et à l’approbation du conseil d’administration du Fonds.
Le programme pourrait également catalyser des financements concessionnels supplémentaires auprès d’autres partenaires internationaux.
Le marché régional reste stratégique
Le maintien de la dette en francs CFA hors du périmètre de restructuration répond aussi à un impératif régional.
Selon S&P, cette dette représentait environ un tiers du stock total à fin 2025.
Elle dépassait le volume de dette commerciale extérieure.
Son exclusion vise notamment à limiter les répercussions sur le marché financier de l’UEMOA.
Elle permettrait également au Sénégal de conserver son accès au marché régional de la dette. Un élément déterminant pour le financement du budget.
Une exclusion qui n’est pas garantie
Le maintien de la dette domestique en dehors de la restructuration comporte toutefois des risques. S&P estime que certains créanciers extérieurs pourraient contester le périmètre retenu.
La présence de total return swaps, dont certains seraient adossés à de la dette en francs CFA, pourrait également compliquer la distinction entre dette domestique et exposition extérieure.
L’agence n’exclut donc pas que la pression exercée au cours des négociations finisse par toucher certaines obligations domestiques.
Des besoins de financement toujours importants
La restructuration devrait réduire la pression sur les besoins de financement. Mais elle ne les fera pas disparaître.
Avant de tenir compte de l’opération, S&P estimait les besoins bruts de financement du Sénégal entre 25 % et 29 % du PIB par an sur les trois prochaines années.
Les échéances de dette représentent à elles seules entre 20 % et 23 % du PIB. Les déficits budgétaires et l’apurement des arriérés viennent s’y ajouter.
Le recours accru au financement domestique à court terme a, par ailleurs, raccourci la maturité moyenne de la dette. Il augmente mécaniquement les besoins de refinancement.
Une notation sous surveillance
La prochaine étape sera déterminante. S&P pourrait abaisser la note en devises à « SD », correspondant à un défaut sélectif, si certains retards ou non-paiements étaient considérés comme constitutifs d’un défaut.
Une opération de gestion de dette qualifiée d’échange en difficulté pourrait produire le même effet.
À l’inverse, une amélioration de la notation pourrait intervenir une fois l’échange de dette en difficulté effectivement réalisé.
Pour la dette en monnaie locale, une remontée dépendra notamment d’une réduction nette du risque de restructuration et d’une amélioration substantielle de la liquidité de l’État.
Pour le Sénégal, l’enjeu dépasse donc désormais la seule notation souveraine. Il concerne la capacité du pays à restaurer sa crédibilité financière.
Mais aussi à préserver son accès au marché régional. Et à rétablir durablement une trajectoire de dette soutenable.














