Électricité : le Sénégal cherche 400 milliards de FCFA pour boucler l’accès universel

Le Sénégal veut franchir un nouveau cap dans l’électrification du pays. Dakar estime à 400 milliards de FCFA les besoins nécessaires pour raccorder les dernières localités encore privées d’électricité. L’objectif est fixé à 2029.

Par Bacary Dabo

Le Sénégal accélère sur l’accès universel à l’électricité. Le gouvernement a réuni, mardi 6 octobre à Dakar, ses partenaires techniques et financiers autour d’une table ronde consacrée au financement du dernier kilomètre.

L’enjeu est considérable. Le pays veut garantir l’accès à l’électricité à tous les Sénégalais à l’horizon 2029.

86,2 % d’accès en 2024

Les investissements engagés ces dernières années ont permis de faire progresser rapidement le taux national d’accès. Il est passé de 76 % en 2019 à 86,2 % en 2024.

Au total, 53 projets, représentant près de 855 milliards de FCFA, ont déjà été engagés.

Sur les 25 725 localités recensées, 12 683 sont actuellement électrifiées. Par ailleurs, 6 571 localités font l’objet de travaux.

L’achèvement de ces chantiers devrait porter le taux de couverture à près de 95 % d’ici 2027.

Le défi des 6 471 dernières localités

Le dernier segment sera toutefois le plus complexe.

Il reste 6 471 localités isolées à raccorder. Elles représentent environ un million d’habitants.

Le coût de cette dernière étape est estimé à 400 milliards de FCFA.

C’est donc une nouvelle bataille financière qui s’ouvre pour Dakar. Le gouvernement devra mobiliser des ressources importantes dans un contexte marqué par la contrainte budgétaire et la nécessité de préserver la soutenabilité de la dette.

Les contraintes budgétaires

Le ministre de l’Économie, des Finances et du Plan, Cheikh Diba, a rappelé les nouvelles priorités financières de l’État.

Le déficit public est passé de 13,4 % du PIB en 2024 à 6,4 % en 2025.

Il a rappelé qu’un accord technique a également été conclu avec le FMI pour un montant de 2,2 milliards de dollars.

Dans ce contexte, Dakar entend privilégier les dons et les financements concessionnels.

L’État prévoit, par ailleurs, de mobiliser 300 milliards de FCFA pour apurer les arriérés dus aux entreprises privées avant la fin de l’année.

Le privé appelé à investir

Pour boucler le financement, le gouvernement veut aussi compter sur le secteur privé.

Les concessions rurales et les mini-réseaux figurent parmi les principaux axes envisagés.

Le cadre réglementaire est présenté comme un levier pour attirer les investisseurs.

Le Code de l’électricité de 2021 et le Code des investissements de 2025 prévoient notamment des mécanismes d’incitation.

Ils comprennent des exonérations douanières, une suspension de la TVA et des crédits d’impôt pour les investissements réalisés en dehors de Dakar et de Thiès.

Au-delà de l’électricité

Pour le gouvernement, l’enjeu dépasse la seule question énergétique.

L’électrification doit également contribuer à réduire les disparités territoriales.

Elle constitue un levier pour améliorer les conditions de vie dans les zones rurales. Elle doit aussi soutenir l’activité économique locale.

Le ministre de l’Énergie et du Pétrole, El Hadji Abdourahmane Diouf, inscrit ainsi l’accès universel à l’électricité dans une logique d’équité territoriale et de justice sociale, en cohérence avec la Vision Sénégal 2050.

Le défi est désormais financier. Avec 400 milliards de FCFA à mobiliser, le Sénégal devra transformer ses ambitions d’électrification en investissements concrets. Le dernier kilomètre sera aussi le plus coûteux.