Finance : L’Afrique de l’Ouest mise sur les « Park Bonds » pour financer ses aires protégées

À l’occasion de la COP17 sur la biodiversité à Erevan, la BAD et plusieurs fonds environnementaux africains ont présenté un mécanisme financier inédit. L’objectif est de lever 300 millions d’euros sur les marchés de capitaux.

Par Bacary Dabo

Face au manque de ressources publiques, l’Afrique de l’Ouest innove. Mardi à Erevan, lors de la CDB COP17, la Banque africaine de développement (BAD) et la Fondation pour les parcs et réserves de Côte d’Ivoire (FPRCI) ont dévoilé les « Park Bonds ». Ces obligations indexées sur les aires protégées visent à mobiliser 300 millions d’euros.

L’initiative rassemble aussi la Fondation Bioguinée, le BACoMaB mauritanien et la FSOA. Une étude de faisabilité confirme la crédibilité du projet. Pour réussir, le modèle exige une gouvernance solide et des résultats environnementaux vérifiables.

La Côte d’Ivoire en première ligne

Abidjan joue un rôle moteur dans cette stratégie. Le réseau ivoirien d’aires protégées couvre 7 % du territoire national. Il abrite des espèces menacées comme l’éléphant de forêt, le chimpanzé ou l’hippopotame pygmée. Pour le colonel Amon Koutoua Benoît, directeur technique de l’OIPR, ces titres obligataires offrent une opportunité cruciale pour pérenniser la protection de ces écosystèmes.

De son côté, la BAD insiste sur la nécessité de dépasser la philanthropie classique. « Les budgets publics et les dons ne suffiront pas », avertit Al Hamndou Dorsouma, chef de la Division climat et croissance verte de la banque. Il préconise d’attirer des capitaux privés de long terme, en s’inspirant de l’obligation émise par la Banque mondiale en 2022 pour les rhinocéros sud-africains.

Changer de paradigme

L’ambition dépasse les frontières ivoiriennes. Fanny N’Golo, directeur exécutif de la FPRCI, souhaite inspirer l’ensemble du continent.

Pour réussir ce pari, une coalition élargie est en cours de constitution. Elle regroupe investisseurs privés, marchés financiers, gouvernements et acteurs de la conservation. En combinant capitaux privés, fonds publics et financements concessionnels, l’Afrique entend transformer ses engagements environnementaux en investissements concrets et durables.