Sénégal : le waqf agricole mise sur l’élevage caprin pour renforcer les revenus des femmes et des jeunes

Avec un investissement de 148,45 millions de FCFA, la Haute Autorité du Waqf et Heifer International Sénégal déploient un programme d’élevage caprin dans dix communes de Podor et de Koungheul. L’objectif est de transformer la solidarité en activité économique durable.

Le waqf agricole poursuit son déploiement au Sénégal. Le 22 octobre 2026, la Haute Autorité du Waqf (HAW) et Heifer International Sénégal ont procédé à la remise de chèvres à Missira Wadène, dans le département de Koungheul. Cette opération intervient deux jours après une première étape à Aéré Lao, dans le département de Podor.

Le programme Waqf Agricole Public d’Élevage de Chèvres (WAPEC) ambitionne de soutenir 2 000 femmes et jeunes, répartis en 100 groupements dans dix communes. Au total, le dispositif prévoit la mise à disposition de 1 000 chèvres et de 100 boucs.

À Missira Wadène, le premier lot comprend 100 chèvres et 10 boucs. Dans l’ensemble du département de Koungheul, 500 chèvres et 50 boucs seront distribués dans cinq communes. Les placements se poursuivront ensuite selon le calendrier opérationnel du projet.

Le coût global du programme s’élève à 148,45 millions de FCFA. Les animaux ont été acquis sur les fonds propres de la HAW, tandis que Heifer International Sénégal assure la mise en œuvre technique.

Du don à la création de revenus

Le WAPEC repose sur un mécanisme de solidarité intergénérationnelle. Chaque famille bénéficiaire devra transmettre à une autre famille le même nombre d’animaux reçus. Elle partagera également les connaissances acquises durant le programme. Cette approche vise à élargir progressivement le nombre de bénéficiaires sans limiter l’impact du projet à la distribution initiale.

Pour Ahmed Lamine Athie, directeur général de la Haute Autorité du Waqf, l’ambition est de faire du waqf un instrument de lutte contre la pauvreté. Le dispositif doit aussi contribuer à la sécurité alimentaire et à la création de revenus durables pour les femmes et les jeunes. L’enjeu dépasse donc la simple dotation en bétail : il s’agit de constituer un actif productif capable de générer des revenus sur la durée.

Le directeur national de Heifer International Sénégal, Daouda Ndao, insiste sur trois conditions de réussite à savoir l’entretien des animaux, la bonne gestion des ressources et la transmission progressive des acquis.

L’organisation accompagne les bénéficiaires sur les volets techniques et opérationnels. Depuis 2007, Heifer International Sénégal indique avoir accompagné plus de 231 000 familles dans le pays. Son expérience doit contribuer à la réussite du programme, notamment à travers la formation et le suivi des éleveurs.

La microfinance islamique en appui

Le développement de l’élevage caprin nécessite aussi un accès aux financements. Sur ce volet, Al Rahma Microfinance Islamique entend accompagner les bénéficiaires. L’institution prévoit d’intervenir sur plusieurs maillons de la chaîne de valeur, allant des intrants à l’élevage, en passant par l’embouche bovine, la transformation et la commercialisation.

L’objectif est de favori​ser une activité économique mieux structurée. Une chèvre ne constitue pas, à elle seule,une entreprise. Sa valeur économique dépend aussi de l’alimentation, des soins, de la transformation des produits et de l’accès au marché.

Cette approche ouvre des perspectives pour la valorisation du lait et des autres produits issus de l’élevage.Elle suppose toutefois un accompagnement financier et technique adapté aux capacités des groupements.

Formation et assurance pour limiter les risques

La distribution des animaux a été précédée de plusieurs mois de préparation. Dans le département de Koungheul, 50 assemblées villageoises ont mobilisé 520 personnes, dont 351 femmes. Les participants ont bénéficié de formations en leadership, en genre, en gouvernance et en bonnes pratiques d’élevage. Les groupements ont également mis en place leurs propres mécanismes d’épargne et de crédit.

Le dispositif comprend par ailleurs une couverture contre les risques liés à l’élevage dont la traçabilité où chaque animal est identifié par une boucle portant un numéro unique.

Pour l’assurance, la couverture est assurée auprès de la Compagnie nationale d’assurance agricole du Sénégal (CNAAS) pour une durée d’un an.

Concernant l’Indemnisation, en cas de sinistre, l’éleveur reçoit une indemnisation correspondant à 80 % de la valeur assurée. Et à propose de la subvention, la subvention de l’État ramène la prime d’assurance de 8 % à 4 %.

Cette protection constitue un élément important pour les ménages dont les ressources restent exposées aux aléas sanitaires et aux pertes de bétail.

Un levier pour l’économie locale

Au-delà des bénéficiaires directs, le programme pourrait contribuer à renforcer les économies locales.L’élevage caprin peut soutenir la génération de revenus et favoriser le développement d’activités complémentaires autour de la production, des soins vétérinaires, de la transformation et de la commercialisation. Cette perspective dépendra cependant de la capacité des groupements à préserver leur cheptel, à maîtriser les coûts et à accéder à des débouchés rémunérateurs.

Pour les autorité​s, le WAPEC s’inscrit dans l’Agenda national de transformation Sénégal 2050. Il participe également à l’objectif de souveraineté alimentaire et à la structuration des chaînes de valeur agricoles. Le projet intervient dans un contexte où le Sénégal a fait de 2026 l’Année de l’économie sociale et solidaire.Le mécanisme de transmission des animaux traduit cette logique : l’appui initial doit produire des effets au-delà des premières familles accompagnées.

Le programme devra désormais démontrer sa capacité à transformer les dotations en activités viables. La pérennité du cheptel, la progression des revenus et l’élargissement du nombre de bénéficiaires seront déterminants pour mesurer son impact.

Avec les prochaines distributions prévues dans les autres communes de Koungheul et de Podor, le WAPEC entre dans une phase opérationnelle décisive. Son ambition est claire : faire de la solidarité un moteur d’autonomisation économique et de développement territorial.