Réformes du secteur électrique : le Sénégal accélère la modernisation et mise sur l’investissement privé

Le ministère de l’Énergie et du Pétrole et MCA-Sénégal II ont organisé, mardi 27 octobre 2026, à Dakar, un atelier d’information destiné aux journalistes économiques sur les réformes du secteur électrique et le guichet unique SIGTEN. L’objectif est de mieux faire comprendre les changements engagés et leurs implications pour les opérateurs, les investisseurs et les consommateurs.

Par Bacary Dabo

Le Sénégal poursuit la réforme de son secteur électrique. Le gouvernement entend améliorer la gouvernance, renforcer les infrastructures et faciliter l’intervention des investisseurs privés. Ces ambitions étaient au cœur d’un atelier organisé, mardi 27 octobre 2026, à Dakar, avec le Collectif des journalistes économiques du Sénégal (COJES).

La rencontre s’inscrit dans le cadre du Senegal Power Compact, mis en œuvre par MCA-Sénégal II avec l’appui de la Millennium Challenge Corporation (MCC). Selon le directeur général du MCA-Sénégal II, cette initiative vise à renforcer la compréhension des réformes institutionnelles et réglementaires engagées dans le secteur.

À travers le Senegal Power Compact, fruit de la coopération entre le Sénégal et les Etats Unis d’Amérique, rappelle M. Diop, MCA-Sénégal II soutient la mise place de réformes structurantes visant à améliorer la gouvernance du secteur de l’électricité et à renforcer les institutions pour un investissement total de plus de 19 milliards de FCFA sur une période 5 ans.

Prenant part à l’ouverture des travaux au nom du ministre de l’Énergie et du Pétrole, la secrétaire permanente à l’Énergie, Oumou Khaïry Diao Diop a rappelé l’importance de ce programme pour la modernisation du système électrique national.

Le compact mobilise 600 millions de dollars, auxquels s’ajoutent 50 millions de dollars de contrepartie de l’État du Sénégal. Il s’articule autour de trois composantes. Il s’agit du renforcement du réseau de transport, l’amélioration de l’accès à l’électricité en milieu rural et périurbain, et la réforme du secteur.

Plus de 300 villages ciblés

Sur le volet des infrastructures, les résultats annoncés sont significatifs. Selon le ministère, le projet Transport affiche un taux d’avancement de 99 %. Il concerne notamment les postes électriques de Kounoune, Hann, Diass et de l’aéroport Léopold-Sédar-Senghor.

Le projet Accès doit, pour sa part, contribuer à l’électrification de plus de 300 villages. Il participe à l’objectif des autorités d’atteindre l’accès universel à l’électricité à l’horizon 2029.

Pour le gouvernement, l’enjeu est de répondre à plusieurs contraintes structurelles. Parmi elles figurent le coût élevé de l’énergie pour les entreprises, les disparités territoriales en matière d’accès et les difficultés liées à la fiabilité de l’approvisionnement.

Le cadre réglementaire se renforce

Au-delà des infrastructures, les réformes portent sur les règles de fonctionnement du secteur. L’adoption du Code de l’électricité et de ses textes d’application constitue l’une des principales avancées présentées aux participants.

L’introduction de l’accès des tiers au réseau, ainsi que la mise en place du Bureau d’accès au réseau de transport (BART), doivent contribuer à faire évoluer l’organisation du marché.

La Commission de régulation du secteur de l’énergie (CRSE) a également bénéficié d’un renforcement de son cadre juridique et de ses capacités institutionnelles. Senelec a, de son côté, reçu des appuis dans la gestion des actifs, la maintenance et les systèmes d’information géographique.

Ces évolutions visent à améliorer la performance du secteur et à créer un environnement plus favorable aux investissements.

SIGTEN, un guichet unique pour les opérateurs

La simplification des démarches administratives constitue un autre axe important. MCA-Sénégal II a présenté le guichet unique SIGTEN, qui doit devenir, une fois déployé, le point d’entrée central pour les demandes de titres d’exercice, quel que soit l’opérateur concerné.

L’outil doit faciliter les procédures pour les entreprises souhaitant intervenir dans le secteur de l’énergie.

Pour les autorités, cette évolution s’inscrit dans une démarche visant à rendre le secteur plus attractif pour les capitaux privés. Les investissements sont attendus pour soutenir la croissance, renforcer les capacités de production et de distribution et favoriser la création d’emplois.

Le COJES appelle à une presse économique exigeante

Au cours de l’atelier, le coordonnateur du COJES a insisté sur le rôle des journalistes dans l’explication des réformes. Dialigué Faye a rappelé que l’électricité constitue un enjeu transversal, qui touche aussi bien les ménages que les entreprises et les collectivités territoriales.

Selon lui, la mission des journalistes ne consiste pas seulement à relayer les annonces officielles. Elle implique également d’expliquer les mécanismes, d’interroger les choix opérés et de suivre les effets des réformes sur les populations.

L’accès des tiers au réseau, les conditions d’investissement des producteurs indépendants et les changements apportés par le guichet unique figurent parmi les sujets à approfondir.

Le ministère a, pour sa part, réaffirmé sa volonté d’associer les professionnels des médias à la stratégie de communication sur les réformes. Des campagnes d’information sont notamment prévues à Tambacounda, Ziguinchor et Saint-Louis.

Au terme de cette rencontre, le défi qui demeure est de traduire les avancées réglementaires et les investissements engagés en améliorations concrètes pour les usagers. La qualité de l’approvisionnement, le coût de l’électricité, l’accès dans les zones rurales et l’efficacité des procédures seront des indicateurs essentiels pour apprécier les résultats de cette transformation.