Le Fonds international de développement agricole (FIDA) entend accélérer la transformation des économies rurales au Sahel. À Dakar, le 26 octobre 2026, l’institution a réuni les représentants des gouvernements, ses équipes et ses partenaires pour évaluer les résultats de son portefeuille régional One Sahel et définir ses priorités pour 2027.
Par Bacary Dabo
L’enjeu est économique autant que social. Il s’agit de renforcer la production agricole, de développer les chaînes de valeur et d’améliorer les revenus des populations rurales, dans une région confrontée aux effets du changement climatique, à l’insécurité alimentaire et aux difficultés d’accès aux marchés.
Les programmes SD3C et AICRM constituent deux piliers de cette stratégie. Ils représentent ensemble près de 324 millions de dollars d’investissements et ciblent plus de 1,65 million de personnes rurales. Ces chiffres ont été présentés par Bernard Hien, directeur régional de la division Afrique de l’Ouest et du Centre du FIDA.
Plus de 1,6 million de bénéficiaires visés
Lancé en 2021, le programme SD3C dispose d’un financement de 180 millions de dollars. Il a déjà touché près d’un million de bénéficiaires dans six pays. Les femmes représentent 50 % des bénéficiaires et les jeunes, 40 %.
Le programme AICRM, doté de 143 millions de dollars, vise pour sa part 800 000 bénéficiaires directs dans sept pays d’ici à 2029. Il prévoit notamment de promouvoir des pratiques agricoles adaptées au climat sur 200 000 hectares. Il ambitionne aussi de restaurer 70 000 hectares de forêts et de terres pastorales dégradées.
Pour le FIDA, la priorité est désormais de convertir les investissements en résultats tangibles. L’amélioration des revenus, la création d’emplois et la résilience des exploitations agricoles doivent guider l’évaluation des programmes.
Cette exigence intervient alors que le SD3C entre progressivement dans sa phase d’achèvement. Le Fonds veut préparer la pérennisation de ses acquis et identifier les modèles susceptibles d’être reproduits à plus grande échelle.
Le Sénégal mise sur les coopératives agricoles

Le Sénégal entend inscrire cette dynamique dans son agenda national de transformation Sénégal 2050. La souveraineté alimentaire y occupe une place centrale. La Loi d’orientation agrosylvopastorale et halieutique (LOASPH) doit également servir de cadre aux interventions publiques et aux partenariats.
À l’ouverture des travaux, le ministre de l’Agriculture, de la Souveraineté alimentaire et de l’Élevage, Cheikhou Oumar Ba, a appelé à mieux aligner les programmes régionaux sur les priorités nationales. Il a notamment plaidé pour le passage des projets pilotes à des interventions de plus grande ampleur.
Le gouvernement mise sur le Programme national des coopératives agricoles communautaires. L’objectif est de regrouper les petits producteurs autour d’unités de production, de stockage et de transformation.
Cette organisation doit faciliter l’accès au crédit, les contrats avec le secteur privé et la mutualisation des risques. Elle doit aussi permettre de mieux valoriser les productions locales.
Le ministre a rappelé un autre défi : la dépendance aux importations alimentaires. L’Afrique de l’Ouest importe chaque année plus de six milliards de dollars de riz, selon les données citées dans son discours. Une partie de cette valeur pourrait être captée par les producteurs et les transformateurs de la région.
L’emploi des jeunes au cœur de la stratégie
L’insertion professionnelle des jeunes constitue un autre axe prioritaire. Le projet des chaînes de valeur territorialisées (CV-Ter) vise à développer des filières adaptées aux réalités locales et à connecter les jeunes aux marchés.
Le programme AgriJeunes illustre cette orientation. Selon le ministre, un investissement initial de 650 000 francs CFA par bénéficiaire a permis à des jeunes de créer des entreprises générant des revenus mensuels supérieurs au salaire minimum.
Sa phase d’extension vise 23 000 jeunes agripreneurs et 7 000 emplois créés ou consolidés.
Audelà de l’accompagnement entrepreneurial, l’enjeu est de faire de l’agriculture une activité économiquement viable. La transformation locale, l’accès aux débouchés et la structuration des filières doivent contribuer à renforcer son attractivité.
Le financement rural reste un défi
L’accès aux financements demeure toutefois un obstacle majeur. Les risques climatiques et économiques limitent encore l’engagement des banques dans les activités rurales.
Le gouvernement sénégalais veut développer des mécanismes de garantie, de syndication et de financement mixte. Le lancement des travaux de la Stratégie nationale de financement du secteur agro-sylvo-pastoral et halieutique doit contribuer à structurer cette démarche.
Les initiatives de finance verte, notamment IGREENFIN, sont également appelées à jouer un rôle dans le financement de projets plus résilients au changement climatique.
Le ministre a par ailleurs insisté sur la place des femmes rurales. Il souhaite qu’elles soient considérées comme des entrepreneures à autonomiser, et non comme de simples bénéficiaires des programmes.
La performance au-delà des décaissements
Pour le Sénégal et le FIDA, la prochaine étape consiste à renforcer l’efficacité des investissements. Les taux de décaissement ne suffisent plus à mesurer la performance. Les revenus générés, les emplois soutenus et la capacité des ménages à absorber les chocs doivent également entrer dans l’évaluation.
Le ministre a rappelé les résultats présentés par le FIDA lors d’une rencontre à Rome : 15,8 millions de personnes touchées, 433 500 hectares conduits selon des pratiques résilientes au climat, 171 000 personnes ayant accédé à un emploi et 17 000 organisations de producteurs appuyées.
Dans un contexte de recul de l’aide publique au développement et de contraintes budgétaires, le défi est d’obtenir davantage d’impact avec les ressources disponibles.
La revue annuelle One Sahel doit ainsi déboucher sur des recommandations précises, avec des responsabilités et des échéances clairement définies. Pour 2027, l’ambition est de renforcer la coordination régionale et de transformer les financements en résultats durables pour les populations rurales.











