Sénégal : le CNP veut faire de la RSE un levier de compétitivité des entreprises

Le Conseil national du patronat (CNP) Sénégal fait évoluer son approche de la responsabilité sociétale des entreprises. Avec son label RSE, l’organisation patronale veut désormais mettre l’accent sur la mesure de l’impact et la création de valeur. Une orientation qui rapproche la RSE des enjeux de compétitivité, de contenu local et de performance ESG.

La responsabilité sociétale des entreprises entre dans une nouvelle phase au Sénégal.

Le Conseil national du patronat (CNP) veut dépasser la logique du mécénat et de la philanthropie. L’objectif est de faire de la RSE un outil intégré à la stratégie des entreprises.

Le dispositif compte actuellement une trentaine d’entreprises labellisées RSE et développement durable. Le CNP souhaite désormais renforcer la visibilité de leurs actions et mieux documenter leurs résultats.

L’impact au cœur du dispositif

Le changement de paradigme est important.

Pour le CNP, une politique RSE ne doit pas seulement être évaluée à travers les moyens mobilisés. Elle doit aussi l’être à travers ses résultats.

Impact social. Impact sociétal. Impact environnemental. Mais aussi impact économique.

Les entreprises sont ainsi invitées à formaliser leurs actions et leurs résultats dans des fiches d’évaluation. Ces éléments servent ensuite à déterminer leur niveau de labellisation.

Cette logique vise à donner davantage de substance au label.

Elle doit également permettre de distinguer les engagements structurants des initiatives ponctuelles.

Le contenu local comme priorité

La RSE est également présentée comme un levier de développement de l’économie nationale.

Le recours aux fournisseurs locaux constitue l’un des axes mis en avant par le CNP. L’objectif est de renforcer l’intégration des chaînes d’approvisionnement.

Cette orientation peut avoir des effets sur l’emploi, les PME locales et la création de valeur sur le territoire.

Le CNP cite également l’autonomisation des femmes, l’insertion professionnelle des jeunes et l’accompagnement des populations vulnérables parmi les domaines d’intervention des entreprises engagées.

De la RSE à la diligence raisonnable

Le patronat veut toutefois aller plus loin.

Philippe Barry, expert du CNP en matière de RSE et président de RSE Sénégal, défend une évolution vers la diligence raisonnable en matière de droits humains et d’environnement.

Le principe est de déplacer l’analyse vers les chaînes de valeur.

Les entreprises doivent identifier leurs impacts. Elles doivent également déterminer leurs principaux risques et définir les mesures permettant de les traiter.

Cette approche élargit considérablement le périmètre de la RSE.

Elle ne concerne plus uniquement les projets sociaux financés par l’entreprise. Elle touche aussi ses fournisseurs, ses partenaires et l’ensemble de son environnement économique.

Transformer les risques en opportunités

L’enjeu est également financier.

Pour Philippe Barry, les entreprises doivent pouvoir transformer leurs risques et leurs impacts en opportunités de développement.

La RSE ne doit donc pas être conçue uniquement comme une dépense.

Elle peut aussi contribuer à la performance de l’entreprise.

« La RSE n’est pas là pour de la philanthropie ou du mécénat », souligne l’expert. L’objectif est notamment d’identifier l’intérêt économique de ces démarches pour l’entreprise.

Cette approche rapproche la RSE des critères ESG et des nouvelles exigences de responsabilité des entreprises.

Formation et économie circulaire

Le développement durable passe également par les compétences.

La formation continue des salariés et l’insertion professionnelle des jeunes constituent ainsi deux autres priorités évoquées lors du lancement du label.

Des formations courtes, de trois à six mois, sont notamment envisagées pour répondre plus rapidement aux besoins des entreprises.

L’économie circulaire figure également parmi les pistes identifiées.

La gestion des déchets est considérée à la fois comme un enjeu environnemental et comme une source potentielle d’opportunités économiques.

Vers une nouvelle culture de la performance

Le CNP veut enfin inscrire le label dans une logique de long terme.

La question n’est plus seulement d’obtenir une distinction. Elle est de maintenir les engagements et d’en démontrer les résultats.

Le CNP insiste ainsi sur la durabilité des actions engagées par les entreprises.

L’ambition affichée est d’amener progressivement les entreprises vers le niveau 3 du label.

Pour Philippe Barry, l’objectif n’est pas de produire simplement un rapport d’activités. Il s’agit de parvenir à une véritable mesure de la performance, notamment à travers les indicateurs ESG.

La prochaine étape est prévue les 17 et 18 décembre, lors des Assises de l’entreprise.

Pour le CNP, la RSE apparaît désormais comme un chantier économique à part entière. Avec trois enjeux majeurs : renforcer le contenu local, maîtriser les risques et transformer les engagements sociaux et environnementaux en valeur durable pour l’entreprise et son environnement.