Sénégal : L’environnement opérationnel bancaire est à surveiller

La dégradation de l’environnement opérationnel bancaire du Sénégal par Fitch Ratings sonne comme un signal d’alarme pour le système financier national. Désormais noté « ccc+/stable », contre « b-/stable » auparavant, l’agence de nnotation, dans une note publiée sur son fil d’actualité estime que cet environnement est jugé fragile, sous l’effet combiné de la détérioration des finances publiques, de la forte exposition des banques à l’État et de niveaux de capital limités.

Le score OE du Sénégal est désormais le plus bas parmi les marchés africains où Fitch Ratings note les banques. En toile de fond, un choc budgétaire majeur, l’agence de notation. 

Dans son fil d’actualité, elle rappelle que la dette publique réévaluée à près de 132 % du PIB fin 2024 et un déficit avoisinant 13 % ont ravivé les craintes d’une restructuration de la dette souveraine, avec des conséquences directes pour les banques. 

A son avis, celles-ci détiennent en effet des titres publics représentant jusqu’à 30 % de leurs actifs, soit environ deux fois leurs fonds propres.

Fitch estime que cette situation exerce un effet d’éviction sur le crédit au secteur privé, alors que l’État mobilise massivement le marché régional de l’UEMOA pour se financer. 

En 2025, souligne-t-elle, près de 2 000 milliards de FCFA ont ainsi été levés, dans un contexte de coûts de financement élevés et de tensions de liquidité persistantes chez certaines entreprises publiques. Comme résultat : la qualité des actifs bancaires se dégrade, avec un taux de créances douteuses porté à 10,6 %, au-dessus de la moyenne régionale.

Interpellé sur ce constat, Amadou Lam, Responsable des risques d’investissement chez Partners Capital basé en France, estime qu’il faut changer de paradigme. Ce spécialiste précise que le secteur bancaire achète la dette souveraine du sénégalais à 7%. Une surexposition qui, selon lui, est non seulement un risque de concentration dans leur bilan au sens global. Mais surtout de l’argent qui doit être fléché sur le marché privé, qui est créateur de richesse et d’emplois.

Si le risque systémique est réel, Fitch estime toutefois que les autorités régionales disposent de marges de manœuvre pour en amortir l’impact, notamment via des mesures prudentielles adaptées. Selon elle, la structure de financement en monnaie locale, largement basée sur les dépôts, constitue également un facteur de résilience.

À moyen terme, souligne la même source, les perspectives dépendront largement de la conclusion d’un nouveau programme avec le FMI et de la capacité des autorités à engager des réformes budgétaires et de gouvernance crédibles. 

Dans l’attente, poursuit Fitch, le secteur bancaire sénégalais évolue sur une ligne de crête, pris entre tensions de court terme et potentiel de croissance de long terme, porté par l’agenda Sénégal 2050.