Transition énergétique : le Sénégal veut transformer ses territoires en moteurs de croissance

Dakar accélère sur la transition énergétique juste. Le gouvernement mise sur les renouvelables, le gaz naturel et la mobilisation de 2,5 milliards d’euros de financements internationaux.

Par Bacary Dabo

La capitale sénégalaise veut donner une dimension territoriale à sa transition énergétique. Réunis dans le cadre d’un Comité régional de développement, les acteurs institutionnels, économiques et sociaux ont échangé sur les enjeux du partenariat pour une transition énergétique juste (JETP).

L’ambition est de rapprocher les engagements nationaux des réalités locales. Mais aussi de faire de l’énergie un levier de compétitivité et d’inclusion. Cette démarche s’inscrit dans l’Agenda national de transformation Sénégal 2050.

Un objectif de 40 % de renouvelables d’ici 2030

Le Sénégal affirme avoir atteint environ 30 % d’énergies renouvelables dans son mix électrique national. Le pays vise désormais un nouveau palier.

Dans le cadre du JETP, conclu en juin 2023 avec le Groupe des partenaires internationaux, Dakar s’est fixé l’objectif de porter la part des renouvelables à 40 % de la capacité installée à l’horizon 2030.

Le partenariat prévoit la mobilisation de 2,5 milliards d’euros de financements nouveaux et additionnels. L’Allemagne, la France, l’Union européenne, le Royaume-Uni et le Canada participent à cette initiative.

Les fonds doivent soutenir l’accès universel à l’énergie, la sécurité énergétique et la décarbonation progressive du système énergétique.

Le gaz naturel comme levier de transition

La stratégie sénégalaise repose sur une approche à deux volets. Le premier consiste à valoriser les ressources nationales en gaz naturel. L’objectif est de substituer progressivement le fioul et le diesel dans la production d’électricité.

Le second vise à accélérer le déploiement du solaire, de l’éolien et de la biomasse.

Pour les autorités, cette combinaison doit contribuer à réduire les vulnérabilités énergétiques et à soutenir le développement d’un système plus durable.

Le plan d’investissement entre dans sa phase opérationnelle

Adopté en mai 2025, le Plan d’investissement initial du JETP doit traduire les engagements du partenariat en projets concrets.

Le document de cadrage prévoit 34 projets, dont 11 à réalisation rapide, selon les éléments présentés lors de la rencontre.

Les secteurs ciblés couvrent notamment les énergies propres, la mobilité durable, l’efficacité énergétique et le développement de nouvelles industries vertes.

L’enjeu se situe désormais dans la préparation et la mobilisation effective des financements.

Les annonces financières devront se transformer en investissements exécutés. La capacité à structurer des projets bancables figure parmi les défis identifiés par les autorités.

Dakar, laboratoire des enjeux énergétiques

La région de Dakar concentre plusieurs défis. Urbanisation rapide, demande énergétique croissante et besoins de mobilité. Le territoire doit également répondre aux exigences d’efficacité énergétique et de résilience climatique.

Les autorités régionales mettent en avant le développement du transport public propre, notamment le BRT et les bus 100 % électriques.

Le secteur privé est lui aussi appelé à participer à la transformation. Des initiatives industrielles de production solaire sont évoquées pour diversifier les sources d’approvisionnement électrique.

Mais la transition ne se limite pas aux infrastructures. Elle implique aussi les populations, les collectivités et les entreprises.

Les emplois verts au cœur de la transition

La transition énergétique juste se veut inclusive.

Le gouvernement entend favoriser l’accès à une énergie fiable et abordable. Il souhaite également développer les compétences locales et créer des opportunités économiques.

Les jeunes et les femmes sont identifiés parmi les bénéficiaires prioritaires des emplois et des activités générés par cette transformation.

La question du financement demeure toutefois centrale. Les autorités insistent sur le besoin de renforcer les subventions et les capacités nationales de montage de projets.

Le secteur privé sénégalais devra également être associé à la préparation et à la mise en œuvre des investissements.

Les territoires appelés à jouer leur rôle

Le ministère de l’Énergie et du Pétrole, à travers la Direction de la transition énergétique, organise une campagne de sensibilisation dans les quatorze régions du pays.

Les Comités régionaux de développement doivent permettre de recueillir les besoins locaux. Ils serviront également de cadres d’échange entre les services de l’État, les collectivités, les entreprises et la société civile.

La coopération allemande, via la GIZ et son Programme Énergies durables, accompagne cette démarche. L’objectif est de favoriser l’appropriation du JETP. Une condition jugée essentielle pour assurer la participation des acteurs locaux.

Un pari économique et social

Pour le Sénégal, la transition énergétique représente un chantier à plusieurs dimensions. Elle touche la sécurité de l’approvisionnement. Elle concerne aussi la compétitivité des entreprises, la création d’emplois et la réduction des inégalités d’accès à l’énergie.

Le défi sera de concilier ces ambitions avec la mobilisation des ressources financières et la capacité d’exécution des projets.

À Dakar, le dialogue territorial ouvre cette phase de mise en œuvre. La prochaine étape sera de traduire les orientations en réalisations concrètes dans les régions.