Alamein: George Elombi appelle l’Afrique à défendre sa souveraineté financière

Au Forum Afrique d’Alamein, en Égypte, le président d’Afreximbank a lancé un plaidoyer pour une architecture financière africaine plus autonome. George Elombi conteste les méthodes actuelles de notation des banques multilatérales africaines et appelle les États actionnaires à renforcer leur soutien.

Par la Rédaction

À Alamein, le débat sur la souveraineté africaine s’est déplacé sur le terrain financier.

Le 3 octobre, à l’ouverture de l’Alamein Africa Forum 2026, en Égypte, George Elombi, président et président du conseil d’administration d’Afreximbank, a défendu avec force le modèle de la banque panafricaine.

Son message est clair. L’Afrique doit davantage compter sur ses propres institutions pour financer son développement.

« La question n’est pas une notation de crédit. Elle est celle de la propriété », a-t-il expliqué en substance. Pour le dirigeant, l’enjeu est de savoir si l’Afrique peut réellement posséder et diriger ses propres institutions financières.

Une banque née de la crise

George Elombi a rappelé les origines d’Afreximbank.

L’institution a été créée en 1993, dans un contexte marqué par la crise de la dette africaine. Les banques correspondantes réduisaient alors leurs lignes de financement. Les programmes d’ajustement étaient largement conçus à l’extérieur du continent.

Les États africains avaient fait un autre choix.

Ils ont créé une banque détenue et gouvernée par des Africains. Une institution destinée à financer le commerce et à intervenir lorsque les marchés se ferment.

Pour Elombi, cette histoire explique aussi la doctrine actuelle de la banque : intervenir rapidement lorsque le continent traverse une crise.

Un bilan en forte progression

Le président d’Afreximbank a également insisté sur la solidité financière de l’institution.

Les fonds propres des actionnaires atteignent désormais près de 9 milliards de dollars. Au premier semestre 2026, le résultat net aurait progressé de 30 %.

Le bilan de la banque est par ailleurs environ six fois supérieur à son niveau d’il y a dix ans.

Cette progression repose notamment sur les augmentations successives de capital décidées par les États actionnaires. En 2025, près de 300 millions de dollars de nouveaux fonds propres ont été apportés en numéraire. En 2026, 226 millions de dollars avaient déjà été versés, avec 300 millions supplémentaires attendus.

Pour George Elombi, ces engagements constituent un élément essentiel de la crédibilité de l’institution.

Le débat sur les agences de notation

C’est toutefois sur les méthodes de notation que le ton s’est durci.

Le président d’Afreximbank estime que les critères utilisés pour évaluer les banques multilatérales de développement ne prennent pas suffisamment en compte la réalité des institutions africaines.

Il critique notamment la place accordée au capital « callable », c’est-à-dire aux engagements de capitaux qui peuvent théoriquement être appelés en cas de crise.

Selon lui, ces engagements restent largement théoriques dans les grandes banques internationales de développement. À l’inverse, les États africains actionnaires d’Afreximbank ont déjà injecté des capitaux en numéraire.

L’enjeu dépasse donc, selon lui, la seule question de la notation.

Il touche à la reconnaissance du modèle institutionnel africain.

Le précédent ghanéen

George Elombi a également défendu l’intervention d’Afreximbank au Ghana pendant la crise de la dette.

Alors que plusieurs institutions avaient réduit ou interrompu leurs financements, Afreximbank avait maintenu son soutien à l’économie ghanéenne.

Pour son président, cette décision illustre précisément le rôle contracyclique que doit jouer une institution financière africaine.

Mais cette intervention aurait également contribué à une dégradation de la notation de la banque, selon Elombi. Il y voit la preuve d’un décalage entre les critères de notation et la mission de développement de l’institution.

Afreximbank n’a pourtant pas été sanctionnée sur ses performances financières, affirme-t-il. Son président estime que les agences doivent désormais mieux prendre en compte son modèle et son rôle.

Vers une architecture financière africaine

Le plaidoyer ne s’arrête pas à Afreximbank.

George Elombi veut élargir le débat à l’ensemble de l’architecture financière africaine.

Son ambition est de voir les institutions africaines mobiliser davantage l’épargne du continent, financer le commerce intra-africain, accompagner les entreprises et investir dans les infrastructures à une échelle correspondant aux besoins du marché africain.

Le dirigeant refuse pour autant l’idée d’un retrait de l’Afrique du système financier mondial.

L’objectif est plutôt de rééquilibrer les rapports de force.

L’Afrique, forte d’une population de près de 1,5 milliard d’habitants, doit pouvoir peser davantage dans les règles qui déterminent l’accès au financement et l’évaluation de ses institutions.

Défendre les institutions africaines

Pour Elombi, cette stratégie passe d’abord par les États actionnaires.

Il leur demande de continuer à recapitaliser leurs institutions financières. Mais aussi de défendre les engagements juridiques pris à leur égard.

Il cite notamment le statut de créancier privilégié d’Afreximbank, prévu par son traité constitutif.

Le président de la banque appelle également à une position commune des institutions financières multilatérales africaines.

Le principe est simple : une attaque contre l’une d’elles doit être considérée comme un test pour l’ensemble du système.

« Quand le monde se replie, l’Afrique ne doit pas reculer »

À Alamein, le discours de George Elombi dépasse donc la défense d’une institution.

Il porte sur le contrôle des leviers financiers du continent.

Afreximbank veut se présenter comme l’un des piliers de cette souveraineté financière. Son président estime que les performances accumulées depuis plus de trois décennies doivent désormais conduire à une évolution des règles internationales.

« Nous ne cherchons pas à remplacer le système mondial », affirme-t-il. L’objectif est d’obtenir une place qui corresponde au poids économique, aux capitaux, aux marchés et aux ambitions de l’Afrique.

Le message adressé aux États actionnaires est finalement sans ambiguïté : continuer à financer leurs institutions, les défendre collectivement et préparer leur montée en puissance.

À Alamein, le débat sur la souveraineté africaine s’est ainsi doublé d’un autre combat : celui de la capacité du continent à définir lui-même la valeur et le rôle de ses propres institutions financières.