Le Caire mise sur les partenariats industriels et l’intégration régionale pour développer une filière automobile africaine compétitive. Afreximbank annonce une enveloppe d’un milliard de dollars pour soutenir les investissements dans le secteur.
L’Afrique veut accélérer sa transformation industrielle à travers l’automobile. Réunis à El Alamein, en Égypte, les acteurs du secteur ont appelé à renforcer les investissements, la production locale et les échanges commerciaux entre pays africains.
L’initiative s’est concrétisée lors du premier Forum africain sur l’investissement dans le secteur automobile, organisé en marge du Forum Alamein Africa. La rencontre a réuni des responsables publics, des constructeurs automobiles et des fabricants de composants.
À cette occasion, la Banque africaine d’import-export (Afreximbank) a annoncé avoir alloué un milliard de dollars au financement du secteur automobile africain. L’objectif est de développer les capacités manufacturières du continent et de réduire sa dépendance aux importations de véhicules.
Pour l’institution financière panafricaine, l’automobile constitue un levier stratégique d’industrialisation. Elle peut favoriser la création d’emplois qualifiés, stimuler les petites et moyennes entreprises et renforcer le commerce intra-africain.
Des chaînes de valeur à construire
L’enjeu dépasse l’assemblage de véhicules. Il s’agit de développer un véritable écosystème industriel. Celui-ci doit intégrer la fabrication de composants, les réseaux de fournisseurs, les technologies et les infrastructures de production.
Les opportunités concernent également la valorisation des ressources naturelles africaines. Le lithium, le cobalt, le manganèse, le nickel, le cuivre et le fer figurent parmi les matières premières susceptibles de soutenir le développement de la filière.
Selon Kanayo Awani, vice-présidente exécutive d’Afreximbank chargée du commerce intra-africain et du développement des exportations, les investissements dans l’automobile peuvent renforcer les capacités industrielles du continent. Ils peuvent aussi contribuer à la diversification des économies africaines.
La banque mise notamment sur les coentreprises et les transferts de technologie entre les grands constructeurs mondiaux et les entreprises africaines. Cette approche doit permettre de développer des compétences en ingénierie, en production industrielle et dans les métiers techniques.
Les PME locales sont également concernées. Leur intégration aux chaînes d’approvisionnement pourrait élargir les retombées économiques de la filière.
L’Égypte et l’Afrique du Sud renforcent leur coopération
Le forum a été marqué par la signature d’un accord entre l’entreprise sud-africaine Malben Engineering et le groupe industriel égyptien El Araby Group.
Le partenariat prévoit la création d’une plateforme commune de fabrication de composants automobiles.
Les produits visés sont destinés aux marchés égyptien et sud-africain, ainsi qu’à d’autres débouchés africains.
Cette initiative associe les capacités industrielles et technologiques d’El Araby Group à l’expérience de plus de 50 ans de Malben Engineering dans la fabrication et le formage de composants métalliques pour l’automobile.
Le partenariat illustre la volonté de développer des réseaux de production transfrontaliers. Il doit aussi favoriser les échanges entre les deux économies.
Un Conseil d’affaires conjoint Égypte-Afrique du Sud a également été créé. Il doit promouvoir le commerce bilatéral et les investissements dans plusieurs secteurs, dont l’automobile, les mines, les énergies renouvelables, l’agriculture, la pharmacie et la logistique.
La ZLECAf comme accélérateur
L’intégration commerciale constitue un autre axe majeur. Le Secrétariat de la Zone de libre-échange continentale africaine (ZLECAf) et l’Association africaine des constructeurs automobiles (AAAM) ont signé un protocole d’accord pour renforcer leur coopération.
Le document couvre plusieurs domaines : les règles d’origine, les procédures douanières, les normes automobiles, le développement des fournisseurs régionaux et la mobilisation des investissements.
Il prévoit également des actions en faveur du transfert de compétences, de la valorisation des minerais et des nouvelles technologies automobiles.
Pour Wamkele Mene, secrétaire général du Secrétariat de la ZLECAf, trois priorités se dégagent : développer des projets capables d’attirer les investisseurs, renforcer les réseaux régionaux de fournisseurs et mettre en place une production commercialement viable.
L’AAAM entend, de son côté, développer la production locale, faciliter la circulation transfrontalière des produits automobiles et donner à l’Afrique une place plus importante dans l’avenir de la mobilité.
L’adoption des règles d’origine dans le cadre de la ZLECAf constitue, selon l’association, une étape importante. Elle doit contribuer à structurer une industrie plus intégrée à l’échelle continentale.
Une demande appelée à progresser
Les perspectives de marché renforcent l’intérêt des investisseurs. Selon les projections citées lors du forum, la demande africaine de véhicules pourrait atteindre 5 millions d’unités d’ici à 2035. L’intérêt croissant pour les véhicules à nouvelles énergies ouvre également de nouvelles possibilités.
Les participants ont toutefois souligné la nécessité d’adapter les politiques publiques. Des mesures incitatives appropriées et des financements accessibles sont jugés essentiels pour stimuler la demande et soutenir les investissements industriels.
Des visites auprès de Nissan Motor Corporation, General Motors Egypt, Al Mansour Automotive et du fabricant de composants Mobica ont permis aux participants d’observer les capacités industrielles égyptiennes.
Ces expériences ont mis en évidence les possibilités d’évolution vers une production locale plus développée, des réseaux de fournisseurs plus solides et une meilleure couverture des marchés régionaux.
Pour l’Afrique, le défi est désormais de transformer les ambitions en projets industriels concrets. La mobilisation des financements, le transfert de technologies et l’intégration des marchés seront déterminants pour faire émerger une filière automobile compétitive.











