BCEAO : inflation à zéro, croissance à 6,7 %… les nouveaux équilibres de l’UEMOA

La Banque centrale des États de l’Afrique de l’Ouest tourne la page des tensions inflationnistes. Son rapport annuel 2025 dresse le bilan d’une Union monétaire plus résiliente, portée par la détente des prix, le rebond de la croissance et un retour à une politique monétaire plus accommodante. Une embellie qui reste toutefois conditionnée aux risques géopolitiques, climatiques et sécuritaires. 

La BCEAO affiche sa confiance. Après deux années marquées par les tensions inflationnistes, l’institution monétaire estime avoir retrouvé des marges de manœuvre. Son rapport annuel 2025 met en évidence une combinaison rare dans les économies africaines. Il s’agit d’une inflation ramenée à zéro, une croissance robuste de 6,7 % et un système financier demeuré solide.

Selon le gouverneur de la BCEAO, Jean-Claude Kassi Brou, cette performance intervient dans un environnement international pourtant peu favorable. Les conflits géopolitiques, les tensions commerciales et la fragmentation des chaînes d’approvisionnement continuent de peser sur l’économie mondiale. Mais la baisse des prix de l’énergie et des produits alimentaires a contribué à desserrer les contraintes inflationnistes.

L’heure de l’assouplissement monétaire

La décrue de l’inflation a permis à la BCEAO d’infléchir sa stratégie. En juin 2025, le Comité de politique monétaire a abaissé de 25 points de base ses deux principaux taux directeurs. Le taux minimum de soumission est passé à 3,25 %, tandis que le taux du guichet de prêt marginal a été réduit à 5,25 %. Un signal adressé aux banques afin de fluidifier le crédit et soutenir l’investissement privé.

Les premiers effets apparaissent dans les indicateurs financiers. Le coût du refinancement bancaire recule. Les rendements des titres publics diminuent. Les conditions de financement s’améliorent progressivement, même si les taux de crédit restent relativement élevés pour les entreprises.

Le pétrole change la donne

Le patron de la BCEAO et son équipe estiment que l’année 2025 marque aussi un tournant pour l’économie de l’Union. La montée en puissance de la production pétrolière, en hausse de 64,6 %, renforce les comptes extérieurs. Les prix élevés de l’or et du cacao améliorent également les termes de l’échange. À cela s’ajoute une campagne agricole favorable qui contribue à stabiliser les prix alimentaires.

Comme résultat, le déficit budgétaire régional poursuit sa réduction pour revenir à 3,7 % du PIB. Selon eux, cette amélioration des équilibres macroéconomiques constitue l’un des principaux enseignements du rapport.

Une croissance davantage financée

Dans le rapport, il est perçu que le crédit repart. Les financements à l’économie progressent de 5,6 %. Les concours bancaires aux États augmentent de 13,5 %. Les actifs extérieurs nets enregistrent une forte progression, reflet d’une amélioration de la position extérieure de l’Union.

Le secteur bancaire continue d’afficher des fondamentaux solides. Le total des actifs atteint près de 79.000 milliards de FCFA. Le ratio moyen de solvabilité demeure largement supérieur aux exigences prudentielles. La microfinance poursuit également son expansion avec plus de 20 millions de bénéficiaires dans l’Union.

L’inclusion financière entre dans une nouvelle phase

La BCEAO change d’échelle. Après avoir porté le taux d’inclusion financière de 47 % à 73,6 % entre 2016 et 2024, elle vise désormais un objectif de 90 % d’adultes utilisant des services financiers adaptés à l’horizon 2030.

Cette nouvelle stratégie s’appuie sur deux leviers à savoir l’éducation financière et la digitalisation.

Des modules pédagogiques seront introduits dans les établissements scolaires et universitaires. Des campagnes de sensibilisation seront également déployées dans 25 langues afin d’améliorer la culture financière des populations.

Les paiements instantanés accélèrent la transformation

L’innovation devient désormais un axe majeur de la politique monétaire régionale. Le rapport renseigne que le système régional de paiement instantané interopérable (PI-SPI), lancé en septembre 2025, connecte déjà 80 établissements financiers. Plus de 30 millions de personnes sont désormais reliées à cette infrastructure qui fonctionne en continu.

Parallèlement, la BCEAO poursuit les travaux sur une monnaie numérique de banque centrale (MNBC), entrée dans une phase expérimentale de « Proof of Concept ». L’institution prépare également un cadre réglementaire destiné aux FinTech et aux actifs virtuels.

Une embellie encore fragile

Au-delà des performances de 2025, le véritable défi reste celui de la durabilité. Les tensions sécuritaires, les risques climatiques, les incertitudes géopolitiques et la fragmentation du commerce mondial demeurent des facteurs de vulnérabilité pour les économies de l’UEMOA.

La BCEAO estime néanmoins disposer aujourd’hui d’une marge d’action plus importante qu’au cours des deux dernières années. Avec une inflation maîtrisée et des conditions monétaires assouplies, la priorité redevient le financement de la croissance, de l’investissement privé et de la transformation économique régionale. Un changement de cycle qui pourrait redessiner les perspectives de l’Union à moyen terme.