Pionnier en Afrique de l’Ouest avec la Côte d’Ivoire, Dakar s’apprête à lancer sa taxonomie verte le 19 octobre. Un catalogue technique de plus de 400 pages élaboré avec l’aide de la Coopération allemande (GIZ), destiné à rassurer les investisseurs nationaux et internationaux et à prémunir le secteur bancaire contre l’éco-blanchiment.
Par Bacary Dabo
Ce n’est ni une nouvelle taxe, ni un couperet fiscal. Quand Kathrin Russner, coordonnatrice de projet renforcer la finance durable de la Coopération allemande (GIZ), aborde la notion de « taxonomie verte » avec des journalistes à Dakar, la première clarification est souvent d’ordre terminologique. Emprunté à la biologie, le mot désigne tout simplement un système de classification universel. Pour le Sénégal, l’enjeu est de taille. Il consiste à définir rigoureusement ce qu’est un projet « vert » afin d’attirer les capitaux internationaux.
Le compte à rebours est désormais lancé. Le 19 octobre 2026, le gouvernement sénégalais présentera officiellement ce référentiel national. C’est un aboutissement de trois années de travaux menés par un comité de gouvernance co-présidé par le ministère des Finances et celui de l’Environnement.
Un passeport pour les 13 milliards de dollars de la CDN
Pour Dakar, l’équation financière est urgente. Dans le cadre de sa Contribution déterminée au niveau national (CDN 2.0) au titre de l’Accord de Paris, le pays estime ses besoins à 13 milliards de dollars. Or, sur les marchés financiers mondiaux ou auprès des bailleurs de fonds, l’argent frais ne manque pas pour le climat, mais il se heurte à un verrou majeur. Il s’agit de la difficulté de prouver l’impact écologique réel des projets.
« Les investisseurs cherchent une double rentabilité : financière et écologique », rappelle ce cadre de la GIZ. « Il ne suffit plus de déclarer qu’un projet est vert, il faut le démontrer avec des données scientifiques. »
C’est ici qu’intervient la taxonomie. En répertoriant les critères d’éligibilité pour les entreprises et les banques, le document élimine le risque d’éco-blanchiment (greenwashing) et réduit drastiquement le coût d’accès à l’information pour les institutions financières. Pour les banques locales (représentées par l’APBEF) comme pour les institutions de microfinance (APSFD), l’outil servira de guide pour l’attribution de crédits à des conditions préférentielles ou l’émission d’obligations vertes (green bonds).
Un alignement stratégique sur Bruxelles
Sur les 400 pages du document principal élaboré avec l’appui du cabinet spécialisé Climate Bonds Initiative (CBI) et la contribution de 70 experts sénégalais, six secteurs prioritaires ont été passés au criblage. Il s’agit de l’énergie, les transports (BRT, TER), la construction, la foresterie, l’agriculture et l’aquaculture.
Afin de garantir l’attractivité du pays auprès des bailleurs étrangers, la taxonomie sénégalaise a été directement alignée sur les standards de l’Union européenne, premier investisseur vert dans la zone UEMOA.
Mais, souligne Yaya Barry, conseiller technique en finance verte du projet renforcer la finance durable au Sénégal, Dakar a veillé à adapter le modèle aux réalités locales. Contrairement aux grilles européennes, fondées sur des mesures d’émissions de carbone souvent inapplicables aux petits producteurs ruraux, le volet agricole a été isolé. Il se concentre sur des « pratiques agricoles durables » et intègre de manière transversale la dimension du genre, élaborée en concertation avec les points focaux des ministères, a-t-il précisé.
Un leadership sous-régional à concrétiser
En officialisant ce cadre, le Sénégal confirme son statut de pionnier au sein de l’UEMOA aux côtés de la Côte d’Ivoire. Il emboîte le pas au Rwanda et à l’Afrique du Sud, premier pays du continent à s’être doté d’un tel outil.
Toutefois, le plus dur reste à faire. Il s’agit de transformer ce dictionnaire technique en projets bancables. La Banque européenne d’investissement (BEI) s’est déjà engagée à soutenir la phase opérationnelle, notamment en appuyant la Direction générale de la planification et des politiques économiques (DGPPE) dans la maturation des dossiers. Il s’agit désormais de former les équipes bancaires et de convaincre le secteur privé local de se saisir de ce nouvel instrument pour faire de la transition écologique un véritable moteur de croissance.











