Commerce intra-africain : l’ECA et DHL veulent mieux armer les PME

Un protocole d’accord signé à Addis-Abeba prévoit des formations consacrées à la logistique, aux douanes, au commerce numérique et à l’accès aux marchés. L’objectif est d’aider les petites entreprises à tirer parti de la Zone de libre-échange continentale africaine.

Les petites et moyennes entreprises africaines disposent désormais d’un nouveau cadre d’accompagnement pour se lancer à l’assaut des marchés régionaux. La Commission économique des Nations unies pour l’Afrique (CEA, ou ECA en anglais) et DHL Express Afrique subsaharienne ont signé, le 14 septembre à Addis-Abeba, un protocole d’accord destiné à renforcer la participation des PME au commerce intra-africain.

Le partenariat s’appuiera sur le programme GoTrade de DHL et vise les échanges menés à travers les communautés économiques régionales, mais aussi dans le cadre de la Zone de libre-échange continentale africaine (Zlecaf). Les deux organisations veulent fournir aux entrepreneurs les outils pratiques nécessaires pour franchir les frontières, identifier de nouveaux débouchés et sécuriser leurs opérations.

Les obstacles du passage à l’échelle

Pour de nombreuses petites entreprises, l’accès à un marché voisin ne se résume pas à trouver un client. Il faut aussi comprendre les procédures douanières, maîtriser les règles de conformité, organiser le transport, gérer les paiements et s’adapter à des réglementations parfois difficiles à décoder. Ces contraintes pèsent particulièrement sur les entreprises de petite taille, qui disposent rarement de services spécialisés.

C’est sur ce terrain que la CEA et DHL entendent intervenir. Une série de formations virtuelles sera développée conjointement afin d’aider les microentreprises et PME à mieux exploiter les opportunités ouvertes par l’intégration régionale. Au programme, il y’aura les procédures douanières, la logistique, le commerce électronique, le commerce numérique, la conformité réglementaire, l’accès aux marchés et financement du commerce.

Le dispositif accordera également une attention particulière aux entreprises dirigées par des femmes et des jeunes. Pour les deux partenaires, leur intégration dans les flux commerciaux régionaux constitue un levier essentiel d’une croissance plus inclusive.

« Beaucoup d’entreprises africaines ambitionnent de dépasser leur marché local, mais se heurtent à des obstacles très concrets », souligne Hennie Heymans, directeur général de DHL Express pour l’Afrique subsaharienne, cité dans le communiqué. Il évoque notamment la compréhension des exigences douanières, l’accès à des solutions logistiques fiables et la navigation sur de nouveaux marchés.

La Zlecaf comme horizon

Avec la Zlecaf, les entreprises africaines peuvent théoriquement accéder à un marché unique de plus de 1,5 milliard de personnes. Mais la promesse de cette intégration dépendra de la capacité des acteurs privés à convertir les textes et les accords en opérations commerciales réelles. Dans cette équation, les PME occupent une place centrale : elles constituent une large part du tissu productif du continent et peuvent contribuer à densifier les chaînes de valeur régionales.

La CEA estime que la pleine mise en œuvre de l’accord pourrait accroître de 45 % le commerce intra-africain à l’horizon 2045. Pour atteindre cette ambition, l’amélioration des infrastructures et la réduction des barrières tarifaires ne suffiront pas. Les entreprises devront aussi disposer de compétences, d’informations et de solutions logistiques adaptées.

Le protocole signé avec DHL s’inscrit dans cette logique. Il prévoit un cadre de coopération non exclusif pour une période initiale de trois ans, durant laquelle les deux organisations pourront identifier et mettre en œuvre de nouvelles initiatives en faveur des PME africaines.

Un programme déjà déployé dans plus de 50 pays

DHL entend s’appuyer sur l’expérience acquise avec GoTrade, une initiative mondiale lancée pour aider les petites entreprises à participer plus efficacement au commerce international. Depuis 2021, le programme a été déployé dans plus de 50 pays et a accompagné plus de 24 000 PME, dont plus de 8 000 entreprises détenues par des femmes.

En Afrique subsaharienne, plus de 8 000 PME ont déjà participé à des programmes GoTrade ou à des initiatives de renforcement des capacités. La nouvelle collaboration avec la CEA doit prolonger cette dynamique en l’alignant davantage sur les priorités de l’intégration continentale.

La première étape prendra la forme d’une série de formations virtuelles consacrées à la participation des microentreprises et PME au commerce intra-africain. Au-delà du transfert de connaissances, l’enjeu sera de mesurer si ces outils permettent effectivement à davantage d’entreprises de vendre au-delà de leurs frontières, de rejoindre les chaînes de valeur régionales et d’accéder à la clientèle promise par la Zlecaf.