Un pas décisif vient d’être franchi dans la quête de souveraineté énergétique et d’intégration infrastructurelle en Afrique australe. Le Fonds d’Investissement Stratégique de la République démocratique du Congo (FIS-RDC), la société congolaise de négoce d’électricité EnPower, le géant mondial du négoce de matières premières Trafigura et le développeur britannique Gridworks Development Partners ont officialisé la signature d’un accord-cadre stratégique d’envergure.
L’information est contenue dans un communiqué de presse dont le contenue précise que ce partenariat quadripartite vise à cofinancer, construire et exploiter une ligne de transport d’électricité à haute tension de 200 kilomètres reliant Kalumbila, en Zambie, à Kolwezi, au cœur du poumon minier de la RDC.
Baptisé Kalumbila–Kolwezi Interconnector Project (KKIP), ce projet d’infrastructure transfrontalière est estimé à 300 millions de dollars US. Ayant franchi l’étape ultime de son développement avec l’obtention de l’ensemble des concessions, licences et autorisations requises. Le projet KKIP s’impose déjà comme une référence continentale. Il s’agit de la première infrastructure de transport d’électricité transfrontalière développée et financée par le secteur privé en Afrique.
La future ligne affichera une capacité thermique initiale de 700 mégawatts (MW), permettant l’importation immédiate d’une puissance continue et à prix compétitif pouvant atteindre 550 MW vers la province du Lualaba et la région de la Copperbelt. La conception technique anticipe par ailleurs une montée en charge ultérieure à plus de 1 gigawatt (GW).
Sur le plan de l’architecture financière Gridworks, filiale de British International Investment (l’institution de financement du développement du gouvernement britannique), agit en tant qu’investisseur principal en fonds propres et actionnaire majoritaire.
Le FIS-RDC et EnPower (développeur du projet et membre du Pool énergétique d’Afrique australe – SAPP) apportent leur participation en capital.
Trafigura prend en charge la structuration et la mobilisation d’une part substantielle du financement par emprunt.
Des pourparlers avancés sont également menés avec des entités étatiques et institutionnelles zambiennes en vue d’une prise de participation.
Combler un déficit structurel de 1 GW et libérer le potentiel minier
Pour la République démocratique du Congo, le projet KKIP apporte une réponse concrète au déficit énergétique structurel du pays, évalué à plus de 1 GW. En raccordant directement le hub minier de Kolwezi au marché régional du SAPP (Southern African Power Pool), le projet permettra d’alimenter les complexes extractifs et de raffinage, dont plusieurs projets majeurs étaient jusqu’alors à l’arrêt faute d’électricité de base abordable.
Pour la Zambie voisine, cette interconnexion offre un débouché d’exportation stratégique et garanti aux producteurs d’électricité agréés, stimulant au passage les investissements dans de nouvelles capacités de production nationale.
Premier acte stratégique du fonds souverain congolais
Cette transaction revêt une portée symbolique majeure pour Kinshasa. Selon la même source, il s’agit du tout premier investissement annoncé par le FIS-RDC depuis sa création par décret présidentiel en octobre 2025.
« Le projet KKIP est la transaction inaugurale du Fonds, et elle reflète précisément le mandat qui nous a été confié par le Gouvernement », a souligné Emile Osumba, Directeur général du FIS-RDC. « En contribuant à combler le déficit énergétique de la Copperbelt, le projet favorisera la croissance industrielle, la création d’emplois qualifiés et des recettes fiscales pour la RDC. Le capital souverain agit ici comme catalyseur de l’investissement privé. »
Même enthousiasme du côté du développeur congolais EnPower. Son Directeur général, Marc Orphanides, s’est félicité d’une « étape majeure pour répondre à la demande sans cesse croissante de l’industrie minière », saluant l’appui des autorités régionales ainsi que de la Société financière internationale (SFI).
Pour Gonzalo De Olazaval, Directeur mondial des Métaux et Minerais chez Trafigura, une énergie abordable et stable constitue « le véritable facteur déterminant de la croissance économique continentale ». Chris Flavin, Directeur général de Gridworks, a quant à lui rappelé que « bien que le projet soit ancré par les débouchés miniers, la ligne dispose de la capacité nécessaire pour desservir la population au sens large et dynamiser les échanges transfrontaliers dans toute l’Afrique australe. »
En unissant capitaux publics souverains, développeurs locaux et géants mondiaux de la finance et du négoce, l’axe Kalumbila–Kolwezi préfigure le nouveau modèle d’infrastructures énergétiques dont l’Afrique a besoin pour accélérer son industrialisation.











