Le Sénégal accueille depuis ce mardi 9 décembre un atelier de haut niveau consacré à l’autonomisation économique des femmes rurales, avec un focus particulier sur l’accès au foncier et l’économie des soins. Cette rencontre s’inscrit dans une dynamique de coopération Sud-Sud réunissant trois pays : la Colombie, le Sénégal et la Côte d’Ivoire. L’objectif est de partager des solutions concrètes et des modèles institutionnels capables de lever les obstacles freinant la participation économique des femmes dans le secteur agricole.
Le foncier est un frein majeur à l’autonomie économique des femmes. Ce constat est unanime au niveau des pays africains. D’où l’importance de l’atelier de trois jours que le Fonds international de développement agricole (Fida) a ouvert ce mardi 9 décembre 2025 à Dakar sur la coopération sud-sud.
Il s’agit d’un atelier d’échange d’expériences sur la participation des femmes rurales aux investissements publics et à leur accès à la terre pour la production agricole et horticole. Elle regroupe des participants venus de la Colombie et de la Côte d’Ivoire, qui se joignent aux participants du Sénégal.
Pour la représentante du Sénégal, Mme Macké Sokhna Mbaye Diop, conseillère technique et coordonnatrice de la Cellule genre au ministère de l’Agriculture, de la souveraineté alimentaire et de l’élevage, cette initiative trouve tout son sens dans un contexte où l’accès des femmes à la terre demeure l’un des défis structurels du secteur.
Elle rappelle que la Colombie a développé des dispositifs institutionnels innovants, notamment l’Agence des terres, qui facilite l’inclusion des femmes dans la gouvernance foncière. « Il s’agit pour nous de comprendre comment ces mécanismes fonctionnent et de voir comment adapter certaines bonnes pratiques au contexte sénégalais », souligne-t-elle.
Un plan d’innovation en cours d’élaboration doit permettre d’opérationnaliser ces enseignements pour consolider l’autonomisation économique des productrices rurales.
La Côte d’Ivoire mise sur l’économie des soins
Au nom de la délégation ivoirienne, Mme Aïda Kaly Fadigua Diarassouba, conseillère technique au ministère des Ressources animales et halieutiques, a insisté sur l’importance de reconnaître le poids du travail de soins non rémunéré, un frein invisible mais puissant à la productivité.
Elle rappelle que la transformation économique voulue par les autorités ivoiriennes passe nécessairement par une meilleure valorisation du temps des femmes : « L’économie de soins n’est pas un coût mais un investissement stratégique dans la croissance inclusive ».
La deuxième phase de ce programme régional vise ainsi à construire des solutions concrètes et reproductibles pour les communautés rurales.
Pour M. Matteo Martizio, représentant du FIDA au Sénégal, cet atelier illustre pleinement la pertinence de la coopération Sud-Sud dans le développement agricole.
Les trois pays engagés ont chacun des solutions testées sur le terrain, mais qui restent souvent confinées au niveau national. L’échange d’expériences permet de capitaliser sur ces bonnes pratiques pour renforcer les politiques publiques.
Concernant la possibilité de créer une agence des terres au Sénégal, le représentant du FIDA nuance : « La solution n’est pas forcément institutionnelle. L’essentiel est que la problématique soit bien intégrée dans les politiques nationales. Le Sénégal a déjà engagé des réformes importantes dans ce domaine ».
Vers une feuille de route opérationnelle
À l’issue de l’atelier, les délégations sénégalaise et ivoirienne entendent finaliser un plan d’action commun, axé sur l’accès des femmes à la terre, la structuration de leurs activités et la reconnaissance de leur contribution économique. Ces travaux devraient déboucher sur des mécanismes concrets et reproductibles à l’échelle des deux pays.
La coopération trilatérale avec la Colombie confirme une tendance croissante à savoir que l’Afrique et l’Amérique latine disposent de solutions fortes et adaptées à leurs réalités, capables d’inspirer un nouveau modèle de développement agricole inclusif.
Pour rappel, le FIDA travaille au Sénégal depuis 1979 et a soutenu 22 programmes et projets d’une valeur d’environ 1,4 milliard d’USD, dont environ 530 millions d’USD ont été directement financés par le FIDA.
Selon les services de cette agence onusienne, près de 900 000 ménages ont bénéficié de ces programmes et projets. Le portefeuille actuel du pays comprend cinq projets en cours, deux projets cofinancés par le Fonds vert pour le climat (Fvc) et un programme de dons.















