RDC : le moratoire forestier maintenu, la société civile réclame des garanties durables

Le gouvernement congolais rassure les défenseurs de l’environnement. La ministre de l’Environnement, du Développement durable et de la Nouvelle Économie du climat, Marie Nyange Ndambo, a réaffirmé le maintien du moratoire sur l’attribution de nouvelles concessions forestières industrielles. L’annonce a été faite le 7 juillet lors d’un briefing diffusé sur la télévision nationale. Elle intervient dans un contexte de fortes tensions autour de l’avenir des forêts du Bassin du Congo, deuxième massif forestier tropical de la planète après l’Amazonie.

Une victoire pour la société civile, dirait-on. La déclaration de la ministre répond aux inquiétudes exprimées par une coalition de 70 organisations nationales et internationales. Quelques jours auparavant, celles-ci avaient adressé une lettre ouverte à la Première ministre pour dénoncer les risques liés à une éventuelle levée du moratoire.

Pour les organisations environnementales, cette prise de position constitue un signal fort. Elle confirme la volonté des autorités de préserver la biodiversité, de protéger les communautés forestières et de maintenir un outil jugé essentiel dans la lutte contre le changement climatique.

Des inquiétudes persistantes

Malgré cette avancée, la coalition reste prudente. Plusieurs responsables gouvernementaux continuent de défendre l’ouverture de nouvelles concessions forestières.

Les organisations demandent donc que le maintien du moratoire soit inscrit durablement dans les réformes en cours, notamment dans le cadre de la révision du Code forestier. Elles plaident également pour un renforcement de la gouvernance, de la transparence et du contrôle du secteur forestier.

Les communautés au cœur du débat

Pour les organisations congolaises, cette décision représente aussi une victoire pour les communautés locales et les peuples autochtones.

Ces populations vivent de la forêt et participent à sa préservation depuis des générations. Elles réclament désormais des mesures concrètes pour sécuriser leurs droits fonciers, renforcer leur participation aux décisions et reconnaître pleinement leur rôle dans la conservation des écosystèmes.

Le marché carbone sous surveillance

La ministre a également évoqué le potentiel économique des forêts dans le développement du marché carbone.

La société civile reconnaît cette opportunité. Mais elle met en garde contre une approche exclusivement fondée sur la valorisation financière du carbone. Selon elle, les projets climatiques doivent avant tout protéger la biodiversité et garantir les droits des communautés locales.

Les organisations rappellent que la crédibilité des projets carbone repose sur plusieurs principes : consentement libre, préalable et éclairé des populations concernées, partage équitable des bénéfices, mécanismes de recours efficaces et gouvernance transparente.

Miser sur la foresterie communautaire

Au-delà des crédits carbone, la coalition défend le développement de la foresterie communautaire. Cette approche permet aux populations locales de gérer durablement leurs ressources naturelles tout en générant des revenus pour les territoires.

Les organisations soulignent également l’intérêt d’autres mécanismes de paiement pour services environnementaux. Ces outils, souvent plus accessibles, pourraient contribuer au financement de la conservation et du développement local.

Un enjeu stratégique pour la RDC

Avec près de 60 % des forêts du Bassin du Congo sur son territoire, la RDC occupe une position centrale dans les stratégies mondiales de lutte contre le réchauffement climatique.

Le maintien du moratoire est perçu comme une décision importante. Mais pour la société civile, la véritable bataille reste celle de l’institutionnalisation de cette protection. L’objectif est clair : faire des forêts congolaises un modèle de gouvernance durable, de justice climatique et de développement fondé sur les droits des populations.