Nucléaire civil : le Sénégal passe à la vitesse supérieure

Dakar structure son futur programme électronucléaire et mise sur l’atome pour accompagner la hausse de la demande d’électricité et l’industrialisation à l’horizon 2050. Un atelier national de cinq jours consacré à la mise en place du Programme d’Energie nucléaire qui comprend un Comité stratégique présidé par le Premier ministre et un Organe national de mise en œuvre du programme d’énergie nucléaire (NEPIO) s’est ouvert ce lundi 7 septembre 2026.

Le Sénégal franchit une nouvelle étape dans son ambition nucléaire. Le pays lance la mise en place du Comité stratégique et de l’Organe national de mise en œuvre du programme d’énergie nucléaire (NEPIO). 

La décision politique est désormais actée. Le défi est ailleurs. Il faut construire l’architecture du programme, estime le ministre de l’Énergie et du Pétrole, El Hadji Abdourahmane Diouf.

Jusqu’à 53 TWh d’électricité en 2050

Les besoins énergétiques du Sénégal devraient fortement progresser. La population pourrait atteindre environ 35 millions d’habitants en 2050, contre 19,6 millions en 2026. La consommation électrique pourrait alors se situer entre 35 et 53 TWh par an.

Le pays dispose actuellement d’environ 2 300 MW de capacité installée. Le développement industriel et l’électrification vont accroître la pression sur le système électrique.

Les petits réacteurs modulaires, ou SMR, figurent parmi les options étudiées. Une hypothèse présentée lors de l’atelier prévoit trois réacteurs de 300 MW. Ils pourraient, selon Yaye Catherine Diop, ingénieure nucléaire, directrice de la direction de la transition énergétique, produire environ 7,1 TWh par an.

Soit près de 20 % de la production électrique nationale dans l’hypothèse d’une production totale de 35 TWh en 2050. Mais aucun choix technologique définitif n’est annoncé à ce stade.

Le financement au cœur du dispositif

Le nucléaire est un projet de long terme. Il nécessite donc une préparation financière en amont mais aussi des études de préfaisabilité, une évaluation des technologies, un modèle économique, un besoin de financement, un calendrier. Dakar veut traiter ces questions dès les premières étapes du programme.

Le projet ne devrait pas se limiter à la production d’électricité. Le gouvernement veut identifier les entreprises capables d’intervenir dans la chaîne de valeur dont l’ingénierie, la construction, la maintenance, le numérique. A cela s’ajoutent la logistique, la formation, la sous-traitance.

Le nucléaire est ainsi présenté comme un possible levier de montée en gamme technologique de l’industrie nationale.

La sûreté avant tout… sans oublier l’accompagnement de l’AIEA 

Dakar affiche également une ligne rouge. La sûreté et la sécurité nucléaires ne feront l’objet d’aucun compromis. L’Autorité sénégalaise de radioprotection, de sûreté et de sécurité nucléaires (ARSN) devra jouer un rôle central. Selon sa patronne, Pr Ndèye Arame Boye Faye, elle devra également intervenir sur l’ensemble du cycle de vie de la future installation. Du choix du site au démantèlement.

Le cadre réglementaire devra également être renforcé pour accompagner l’entrée éventuelle du Sénégal dans la production électronucléaire.

L’Agence internationale de l’énergie atomique accompagne le Sénégal dans cette nouvelle phase. Son approche par jalons doit permettre au pays d’évaluer progressivement son niveau de préparation. Le Sénégal devra notamment renforcer ses institutions, ses compétences et son cadre réglementaire.

La prochaine étape annoncée est l’élaboration de la politique énergétique nucléaire, avec une échéance fixée à janvier 2027 dans la présentation technique faite lors de l’atelier.

Un projet qui dépasse l’énergie

Pour le gouvernement, le nucléaire doit contribuer à la souveraineté énergétique. Mais aussi à l’industrialisation, à la recherche, à la formation et au développement des compétences nationales.

Le Sénégal veut donc éviter de devenir un simple acheteur de technologie. L’ambition affichée est de comprendre, contrôler, exploiter et maîtriser les risques liés à cette technologie. Le chantier est désormais ouvert. Le Sénégal doit transformer sa décision politique en un programme crédible, finançable, sûr et maîtrisé.