Réunis à Addis-Abeba pour la 12e session du Forum régional africain sur le développement durable, les délégués de tout le continent ont entendu un message sans ambiguïté du Secrétaire exécutif de la CEA : l’heure n’est plus au diagnostic, mais à l’action à grande échelle.
C’est sous le thème porteur « Renverser la tendance : des actions transformatrices et coordonnées pour l’Agenda 2030 et l’Agenda 2063 » que s’est ouvert, ce lundi 26 avril 2026 à Addis-Abeba, le 12e Forum régional africain sur le développement durable (ARFSD-12).
Devant des chefs d’État, des ministres et des représentants de la société civile, du secteur privé et de la jeunesse, M. Claver Gatete, Secrétaire général adjoint des Nations Unies et Secrétaire exécutif de la Commission économique pour l’Afrique (CEA), a prononcé un discours d’ouverture résolument tourné vers l’urgence d’agir.
Un contexte mondial sous haute tension
Le ton a été donné dès les premières minutes. « Nous nous réunissons dans un contexte d’incertitude mondiale accrue », a déclaré M. Gatete, évoquant le ralentissement de la croissance globale, l’aggravation des inégalités, les pressions budgétaires, l’intensification des chocs climatiques et les tensions géopolitiques persistantes au Moyen-Orient.
Autant de signaux qui, selon lui, ne doivent pas contraindre l’ambition des États africains, mais au contraire les « obliger à réfléchir, à innover et à redoubler d’efforts ».
L’Éthiopie en première ligne : du climat à la COP32
M. Gatete a réservé des éloges particuliers au pays hôte. L’Éthiopie, a-t-il rappelé, accueillera la COP32 en 2027, une responsabilité « énorme » assumée par le Premier ministre Dr Abiy Ahmed au nom de tout le continent africain. Pour le Secrétaire exécutif, ce choix n’est pas anodin : l’Éthiopie est un exemple concret d’intégration entre développement durable et action climatique.
Les chiffres parlent d’eux-mêmes. L’initiative « Green Legacy » a permis la plantation de plus de 40 milliards de plants d’arbres. Plus de 95 % de la production électrique du pays est d’origine renouvelable.
Et l’agriculture climato-intelligente couvre désormais près de 18 millions d’hectares de terres cultivées sous pluie. « Pour l’Éthiopie, et pour de nombreux pays ici présents, l’action climatique et le développement durable ne sont pas des priorités concurrentes : ils se renforcent mutuellement », a insisté M. Gatete.
Des secteurs clés à la loupe : eau, énergie, villes et infrastructures
Cette session est également l’occasion d’examiner les progrès accomplis sur plusieurs Objectifs de développement durable jugés fondamentaux pour la transformation africaine : l’accès à l’eau et à l’assainissement, le développement des villes durables, l’énergie et les infrastructures résilientes, ainsi que les partenariats pour la mise en œuvre.
- Gatete a dressé un état des lieux sans détours : les avancées en matière d’accès ne se traduisent pas encore par la résilience, la création d’emplois ou la compétitivité nécessaires à la transformation.
« Si les villes s’étendent sans que les emplois suivent ; si l’accès à l’énergie s’améliore sans que la fiabilité augmente ; si les infrastructures se développent sans que les chaînes de valeur se renforcent — sommes-nous vraiment sur la voie d’une transformation ? », a-t-il interrogé l’assemblée.
Cinq priorités pour renverser la tendance
Face à ce constat, le Secrétaire exécutif de la CEA a proposé cinq priorités stratégiques que les États membres sont invités à adopter collectivement. Il s’agit de repositionner les services fondamentaux — eau, énergie, infrastructures — en tant qu’actifs économiques centraux, intégrés aux stratégies industrielles, à l’urbanisme et aux chaînes de valeur régionales.
A cela s’ajoute l’urgence de combler le déficit de financement des infrastructures par l’échelle, l’innovation et les partenariats, en mobilisant les ressources intérieures et en attirant les investissements privés via des projets bancables bien préparés.
Il est également question de valoriser la transition urbaine comme moteur d’emplois et de productivité : aligner la planification urbaine sur l’industrialisation, investir dans les transports publics et le logement abordable, valoriser les quartiers informels.
Les pays sont aussi appelés à faire avancer simultanément les transitions numérique et verte, en planifiant ensemble énergie, infrastructure digitale et industrie avec la résilience climatique au cœur de la stratégie.
Sans oublier l’action d’ancrer la mise en œuvre dans les données, les institutions fortes et la coopération régionale — des bassins hydrographiques transfrontaliers aux interconnexions électriques, en passant par les chaînes de valeur de la ZLECAf.
M. Gatete a adressé un message univoque à l’ensemble des délégués : « Le défi de l’Afrique aujourd’hui n’est pas un manque de cadres. Les ODD, l’Agenda 2063 et les plans nationaux de développement sont bien alignés. Le défi, c’est la mise en œuvre à grande échelle. Ce qu’il faut maintenant, c’est de la cohérence, des financements et un engagement politique soutenu. »
Appelant le Forum à se transformer en « moment de décision » plutôt que de simple réflexion, il a réaffirmé que la CEA et l’ensemble du système des Nations Unies continueraient d’accompagner les États membres par des conseils politiques fondés sur des données probantes, le renforcement des capacités et des partenariats à impact mesurable.















