Insécurité alimentaire : les tensions géopolitiques menacent les chaînes d’approvisionnement

Les États-Unis alertent sur les risques liés aux conflits, à l’énergie et aux pénuries d’engrais. L’Afrique subsaharienne figure parmi les régions les plus exposées.

L’insécurité alimentaire mondiale entre dans une nouvelle phase de tension.

Les conflits se multiplient. Les chaînes d’approvisionnement sont fragilisées. Et les systèmes humanitaires peinent à suivre.

C’est le constat dressé par les États-Unis lors d’un débat public du Conseil de sécurité des Nations unies consacré à l’insécurité alimentaire, le 25 août à New York.

Le détroit d’Ormuz sous pression

Washington met notamment en avant les conséquences des tensions autour du détroit d’Ormuz.

Selon l’allocution américaine, les attaques attribuées au régime iranien ont perturbé près d’un quart du commerce mondial de pétrole et environ un tiers du commerce mondial d’engrais.

Une situation qui dépasse largement le secteur énergétique.

La hausse des prix du carburant renchérit les coûts de transport. Elle pèse également sur les activités agricoles et humanitaires.

Pour les États-Unis, les conséquences commencent déjà à se faire sentir dans plusieurs régions vulnérables.

L’Afrique face au risque d’un choc agricole

Les engrais constituent l’un des principaux points de préoccupation.

Une partie des engrais transitant par le détroit d’Ormuz est destinée à des marchés agricoles d’Afrique subsaharienne, d’Asie du Sud et d’Asie du Sud-Est.

Une interruption prolongée des flux pourrait donc réduire la disponibilité des intrants agricoles.

Et, par ricochet, la production alimentaire.

Les États-Unis anticipent ainsi une baisse de la production agricole au cours des prochains mois. Cette évolution pourrait entraîner une diminution de l’offre alimentaire, une hausse des prix et une aggravation de la faim dans plusieurs pays africains. Le Soudan, le Nigeria et la République démocratique du Congo sont particulièrement cités.

La RDC et le Soudan en première ligne

La situation est déjà critique dans plusieurs pays.

En République démocratique du Congo, plus de 16 millions de personnes auraient besoin d’une aide alimentaire, selon le Réseau des systèmes d’alerte précoce contre la famine cité par Washington.

Le pays doit également faire face aux attaques contre les civils et aux entraves à l’accès humanitaire.

Au Soudan, la situation est encore plus préoccupante.

Le conflit a provoqué, selon les États-Unis, la plus grande crise humanitaire au monde. L’accès à la nourriture serait également utilisé comme instrument de guerre.

Washington appelle les parties au conflit à garantir un accès humanitaire rapide, sûr et sans entrave à l’ensemble du territoire soudanais.

Les catastrophes naturelles aggravent la pression

Les conflits ne sont toutefois pas les seuls facteurs de risque.

Les phénomènes climatiques constituent également une menace.

L’allocution américaine cite notamment El Niño. Ce phénomène pourrait exposer des dizaines de millions de personnes supplémentaires à une situation de famine aiguë.

Le risque est donc multiple.

Conflits. Énergie. Engrais. Climat.

Autant de facteurs susceptibles de se combiner et d’accroître la volatilité des marchés agricoles.

Washington mobilise plus d’un milliard de dollars

Face à cette situation, les États-Unis annoncent vouloir renforcer leur soutien humanitaire.

Washington indique avoir récemment annoncé une aide de plus d’un milliard de dollars en faveur de l’UNICEF et du Programme alimentaire mondial.

Cette enveloppe doit contribuer aux besoins mondiaux en matière d’aide humanitaire, de nutrition et de sécurité alimentaire.

Les États-Unis disent également rechercher des solutions aux pénuries d’engrais.

L’enjeu dépasse désormais la seule réponse humanitaire.

Il concerne aussi la capacité des économies vulnérables à maintenir leur production agricole.

Un enjeu stratégique pour l’Afrique

Pour les pays africains importateurs d’engrais, la question est particulièrement sensible.

Une perturbation durable des approvisionnements pourrait peser sur les coûts de production agricole. Elle pourrait également alimenter les tensions sur les prix alimentaires.

Le risque est d’autant plus important que plusieurs pays restent fortement dépendants des importations pour leurs besoins en intrants.

Dans ce contexte, la sécurisation des chaînes d’approvisionnement devient un enjeu économique autant qu’humanitaire.

Pour Washington, une priorité demeure : éviter que les crises géopolitiques et les catastrophes naturelles ne se transforment en crises alimentaires de grande ampleur.

« Les États-Unis n’abandonneront pas les personnes dans le besoin », assure la mission américaine auprès des Nations unies.