La digitalisation du monde rural franchit un nouveau cap au Sénégal. Le Fonds régional pour la résilience des systèmes alimentaires (FSRP) et l’Agence nationale de conseil agricole et rural (ANCAR) ont lancé un vaste programme d’identification numérique des producteurs. Derrière cette initiative, l’ambition est de mieux piloter les politiques agricoles et de renforcer la compétitivité des filières.
La donnée devient un actif stratégique.
Le Sénégal accélère la transformation numérique de son agriculture. À Dakar, l’ANCAR et le FSRP ont officiellement lancé le Programme national d’identification et d’enrôlement des producteurs agricoles. L’objectif est de constituer une base de données nationale fiable sur les exploitants et leurs organisations.
Cette cartographie numérique doit répondre à plusieurs défis. Mieux cibler les politiques publiques. Optimiser les dispositifs d’accompagnement. Faciliter l’accès aux services agricoles et financiers. Mais aussi disposer d’indicateurs fiables pour orienter les investissements dans le secteur.
Un levier pour améliorer la gouvernance
Pour l’ANCAR, le projet dépasse la simple collecte de données. Il s’inscrit dans une réforme du conseil agricole, appelée à devenir plus efficace grâce aux outils numériques.
Les organisations de producteurs disposeront désormais d’équipements informatiques, notamment des ordinateurs portables et des tablettes, afin d’assurer la collecte et la mise à jour des informations sur le terrain. Des conventions de partenariat ont également été signées avec plusieurs organisations professionnelles agricoles.
Selon le directeur général de l’ANCAR, El Hadj Faye, cette digitalisation permettra de renforcer la gouvernance des organisations paysannes tout en améliorant la qualité des services de conseil agricole.
La donnée au service de la souveraineté alimentaire
Pour le coordonnateur national du FSRP, Dr Mouhamadou Lamine Dia, le partenariat engagé avec l’ANCAR depuis 2024 ouvre une nouvelle phase dans la modernisation du secteur agricole sénégalais. L’utilisation d’outils numériques devrait accélérer la transformation des chaînes de valeur et améliorer le suivi des exploitations.
Les organisations professionnelles y voient également une opportunité.
Le président du Conseil national de concertation et de coopération des ruraux (CNCR), Nadjirou Sall, estime que la maîtrise des données est désormais indispensable pour améliorer la gouvernance des exploitations familiales et renforcer leur capacité de négociation.
Même analyse du côté de l’interprofession maïs. Sa présidente, Gnima Diayté, considère que la digitalisation constitue un facteur de montée en puissance de la filière. Elle rappelle que plus de 10 200 tonnes de maïs ont déjà été livrées aux industriels, avec un objectif de 50 000 tonnes à moyen terme.
Une agriculture pilotée par les données
Au-delà de l’innovation technologique, le programme traduit une évolution plus profonde du modèle agricole sénégalais.
L’exploitation des données devient un outil d’aide à la décision. Elle permettra d’améliorer le ciblage des subventions, le suivi des rendements, la planification des campagnes agricoles et l’évaluation des politiques publiques.
Pour le ministère de l’Agriculture, cette modernisation participe directement à la stratégie nationale de souveraineté alimentaire et au renforcement de la résilience des systèmes agricoles face aux aléas climatiques.
Avec cette initiative, le Sénégal cherche à inscrire son agriculture dans une logique de performance, de traçabilité et de gouvernance fondée sur la donnée. Un changement de paradigme qui pourrait transformer durablement l’économie rurale si les outils numériques sont effectivement adoptés par les producteurs.















